L'amaxophobie — la peur panique de conduire ou même de monter en voiture — est l'une des séquelles les plus fréquentes et les plus sous-estimées d'un accident de la route. Deux choses à savoir d'emblée : c'est un trouble reconnu qui se soigne, et lorsqu'elle fait suite à un accident, c'est un préjudice indemnisable, même sans blessure physique.
Qu'est-ce que l'amaxophobie ?
L'amaxophobie désigne la peur intense et irrationnelle de conduire un véhicule, ou d'être passager. Après un accident, elle se manifeste typiquement par :
- l'évitement : trajets refusés, détours pour éviter le lieu de l'accident, permis remisé ;
- des symptômes physiques au volant ou en voiture : palpitations, sueurs, tremblements, sensation d'étouffement, jusqu'à l'attaque de panique ;
- une anxiété d'anticipation : la peur commence des heures avant le trajet ;
- des flashbacks de l'accident, cauchemars, hypervigilance (sursaut au moindre freinage).
Quand ces symptômes s'installent au-delà d'un mois après l'accident, ils s'inscrivent souvent dans un choc post-traumatique, dont l'amaxophobie est une des expressions les plus courantes. Passagers, cyclistes et piétons percutés peuvent en souffrir autant que les conducteurs.
L'amaxophobie après un accident est un préjudice indemnisable
Beaucoup de victimes n'osent pas en parler à l'expertise, pensant que « seules les blessures visibles comptent ». C'est une erreur qui coûte cher : le droit français indemnise le préjudice psychique au même titre que le préjudice physique. Selon la nomenclature Dintilhac, l'amaxophobie peut alimenter plusieurs postes :
| Poste de préjudice | Ce que couvre l'amaxophobie |
|---|---|
| Souffrances endurées | L'anxiété, les attaques de panique, le vécu traumatique jusqu'à la consolidation |
| Déficit fonctionnel permanent (DFP) | Si la phobie persiste après consolidation — voir le taux de DFP du stress post-traumatique |
| Dépenses de santé futures | Psychothérapie, consultations, traitements en cours après consolidation |
| Préjudice d'agrément | Loisirs abandonnés faute de pouvoir se déplacer (sport à 30 km, week-ends…) |
| Incidence professionnelle | Poste nécessitant la conduite devenu impossible, mutation refusée, reconversion |
| Frais divers | Trajets en taxi ou transports remplaçant la voiture, avant consolidation |
Il n'existe pas de « forfait amaxophobie » : le montant dépend de l'intensité des troubles, de leur durée et de leur retentissement réel sur votre vie — d'où l'importance de bien les documenter.
Comment la faire reconnaître ? Les 4 réflexes
- En parler à son médecin dès les premiers symptômes : chaque consultation mentionnant la peur de conduire, les cauchemars ou l'évitement crée une trace médicale datée. Sans écrit, pas de preuve.
- Consulter un professionnel de santé mentale : un suivi psychologique ou psychiatrique documenté est la pièce maîtresse du dossier — et le premier pas vers la guérison.
- Le dire à l'expertise médicale : décrivez concrètement (« je n'ai pas repris le volant depuis l'accident », « je fais un détour de 20 minutes pour éviter le rond-point »). L'expert doit évaluer le retentissement psychique, pas seulement les radios.
- Se faire assister d'un médecin conseil de victimes : face au médecin de l'assureur, il veillera à ce que le préjudice psychique ne soit ni oublié ni minoré.
L'amaxophobie se soigne
Bonne nouvelle : c'est l'une des phobies qui répond le mieux à la prise en charge. Les thérapies cognitives et comportementales (TCC), avec exposition progressive, donnent de bons résultats ; l'EMDR est souvent proposée quand la phobie s'inscrit dans un traumatisme ; certaines auto-écoles et associations proposent des stages de réadaptation à la conduite après accident. Conservez toutes les factures : ces frais font partie de votre préjudice.
Questions fréquentes
Je n'ai eu aucune blessure physique. Puis-je quand même être indemnisé ?
Oui. Le préjudice psychique est autonome : une victime indemne physiquement mais souffrant d'un choc post-traumatique avec amaxophobie a droit à réparation, dès lors que le lien avec l'accident est médicalement établi.
J'étais passager, pas conducteur. Est-ce pareil ?
Oui — et le passager est même particulièrement bien protégé par la loi Badinter : son droit à indemnisation est quasi automatique. L'amaxophobie du passager (peur de remonter en voiture) suit les mêmes règles.
La phobie est apparue plusieurs mois après l'accident. Trop tard ?
Non, les troubles psychiques différés sont fréquents et reconnus. Si votre dossier est déjà clos, une aggravation peut être invoquée pour rouvrir l'indemnisation. Consultez rapidement pour dater médicalement l'apparition des troubles.
Combien de temps pour guérir ?
Très variable : quelques semaines de TCC suffisent parfois, d'autres situations demandent un travail plus long. C'est précisément pourquoi il ne faut pas accepter une offre d'indemnisation avant que votre état psychique soit stabilisé (consolidé).
La permanence gratuite de victime-info.fr vous aide à faire reconnaître ce préjudice : documentation du dossier, préparation de l'expertise et orientation vers un médecin conseil de victimes.
Rédigé par Valentin Papet, président de l'Association d'Aide aux Victimes de France (AVF) · Dernière mise à jour : 01/08/2026



