Les violences conjugales constituent l’une des formes d’agression les plus répandues en France. Chaque année, des centaines de milliers de personnes — majoritairement des femmes — subissent des violences physiques, psychologiques ou sexuelles au sein de leur couple. Ces actes sont des infractions pénales et ouvrent droit à une indemnisation en tant que victime d’agression. Pourtant, de nombreuses victimes ignorent encore l’étendue de leurs droits ou n’osent pas engager de démarches.
Ce guide complet a pour objectif d’informer toute personne confrontée à des violences conjugales sur les recours juridiques existants, les étapes pour obtenir réparation et les associations d’aide aux victimes qui peuvent accompagner dans ce parcours. La permanence de victime-info.fr, partenaire de l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), est disponible gratuitement pour répondre à toute question.
Qu’est-ce que la violence conjugale au sens juridique ?
La violence conjugale englobe tous les actes de violence commis au sein d’un couple, que les partenaires soient mariés, pacsés, en concubinage, ou même séparés. Le Code pénal français reconnaît et sanctionne plusieurs formes de violences conjugales.
Les différentes formes de violence reconnues par la loi
Les violences conjugales ne se limitent pas aux coups et blessures physiques. La loi reconnaît également :
- Les violences physiques : coups, gifles, brûlures, strangulation, blessures de toute nature
- Les violences psychologiques : harcèlement moral, humiliations répétées, menaces, isolement social, contrôle coercitif
- Les violences sexuelles : viol conjugal, agressions sexuelles, contrainte à des actes sexuels non consentis
- Les violences économiques : privation de ressources financières, interdiction de travailler, contrôle des dépenses
- Les violences administratives : confiscation de documents d’identité, empêchement de démarches administratives
- Le cyberharcèlement conjugal : surveillance numérique, cyberharcèlement, diffusion d’images intimes
Le fait de harceler son conjoint, son partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou son concubin par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende lorsque ces faits ont causé une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours ou n’ont entraîné aucune incapacité de travail.
La circonstance aggravante liée au lien conjugal
Le droit français considère le lien entre l’auteur et la victime comme une circonstance aggravante. Cela signifie que les violences commises par un conjoint, concubin ou partenaire pacsé sont punies plus sévèrement que les mêmes violences commises par un inconnu. Cette aggravation s’applique même après la séparation du couple.
Les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n’ayant entraîné aucune incapacité de travail sont punies de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende lorsqu’elles sont commises par le conjoint, le concubin ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité (au lieu de 750 euros d’amende pour des violences simples sans circonstance aggravante).
Les chiffres clés des violences conjugales en France
Les violences conjugales représentent un phénomène massif dont l’ampleur reste encore sous-estimée. Comprendre l’ampleur du problème permet de réaliser que la victime n’est jamais seule dans cette situation.
Environ 213 000 femmes sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint chaque année (source : enquête CVS, ministère de l’Intérieur). Moins de 20 % d’entre elles déposent plainte. En 2023, 134 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.
Ces chiffres montrent à quel point il est essentiel que chaque victime connaisse ses droits et les moyens d’obtenir une indemnisation à la hauteur des préjudices subis. Le dépôt de plainte reste la première étape indispensable pour enclencher le processus de réparation.
Porter plainte pour violence conjugale : mode d’emploi
Déposer plainte est un acte fondamental. C’est ce qui permet de déclencher une enquête pénale, de sanctionner l’auteur des violences et d’ouvrir la voie à une indemnisation. Toute victime de violence conjugale peut porter plainte pour agression, quel que soit le type de violence subie.
Où et comment porter plainte ?
La plainte peut être déposée de plusieurs manières :
- Au commissariat ou à la gendarmerie : la victime se rend sur place et déclare les faits. Les forces de l’ordre ont l’obligation de recevoir la plainte. Un refus de prendre la plainte est illégal.
- Par courrier au procureur de la République : il est possible d’adresser une plainte directement au procureur par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette méthode est utile si la victime craint de se déplacer.
- Par pré-plainte en ligne : depuis le site du ministère de l’Intérieur, la victime peut remplir une pré-plainte qui devra ensuite être confirmée en se rendant dans un commissariat ou une gendarmerie.
Aucun agent de police ou de gendarmerie ne peut refuser de prendre une plainte. Si cela arrive, la victime peut signaler ce refus au procureur de la République ou à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Il est aussi possible de déposer plainte directement par courrier auprès du procureur.
Les preuves à rassembler
Réunir des preuves est essentiel pour étayer la plainte et maximiser les chances d’indemnisation. Même en l’absence de témoins directs, de nombreux éléments peuvent servir de preuve. La page consacrée à l’agression sans témoin détaille les stratégies pour prouver les faits.
- Certificats médicaux établis par un médecin (ou aux urgences) décrivant les blessures et fixant la durée d’ITT
- Photos des blessures datées et conservées
- SMS, e-mails, messages vocaux contenant des menaces ou insultes
- Témoignages de proches, voisins, collègues ayant constaté les violences ou leurs conséquences
- Main courante ou signalements antérieurs
- Attestations d’hébergement d’urgence ou de structures d’accueil
Dès les premiers faits de violence, il est vivement recommandé de consulter un médecin ou de se rendre aux urgences pour obtenir un certificat médical. Ce document constitue une preuve essentielle et permet de fixer la durée de l’incapacité totale de travail (ITT), critère déterminant pour la qualification pénale des faits et le calcul de l’indemnisation.
L’ordonnance de protection : une mesure d’urgence
L’ordonnance de protection est un dispositif juridique permettant de protéger rapidement une victime de violence conjugale, sans qu’il soit nécessaire d’avoir déposé plainte au préalable. Elle est délivrée par le juge aux affaires familiales (JAF) dans un délai de 6 jours maximum à compter de la fixation de l’audience.
Que peut contenir une ordonnance de protection ?
- L’interdiction pour l’auteur des violences de s’approcher de la victime et de ses enfants
- L’attribution du logement conjugal à la victime
- L’interdiction pour l’auteur de détenir une arme
- La fixation des modalités de garde des enfants
- L’autorisation de dissimuler le domicile de la victime
- Le port d’un bracelet anti-rapprochement pour l’auteur
Lorsque les violences exercées au sein du couple ou par un ancien conjoint, un ancien partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou un ancien concubin mettent en danger la personne qui en est victime, un ou plusieurs enfants, le juge aux affaires familiales peut délivrer en urgence à cette dernière une ordonnance de protection.
L’ordonnance de protection peut être demandée même sans dépôt de plainte. Elle est valable 6 mois et peut être renouvelée. La violation de l’ordonnance de protection par l’auteur des violences est punie de 2 ans d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Depuis la loi du 28 décembre 2019, le délai de délivrance a été réduit à 6 jours.
Les préjudices indemnisables en cas de violence conjugale
La victime de violence conjugale peut prétendre à la réparation de l’ensemble de ses préjudices. L’indemnisation est évaluée selon la nomenclature Dintilhac, qui classe les différents postes de préjudice en deux catégories : les préjudices patrimoniaux (économiques) et les préjudices extrapatrimoniaux (personnels).
Les préjudices extrapatrimoniaux (personnels)
- Les souffrances endurées (pretium doloris) : douleurs physiques et morales liées aux violences. Le barème du pretium doloris permet d’estimer les montants.
- Le préjudice moral : souffrance psychologique, angoisse, perte de confiance en soi, syndrome de stress post-traumatique. Le préjudice moral en cas d’agression est systématiquement reconnu.
- Le choc post-traumatique : état de stress post-traumatique (ESPT) fréquent chez les victimes de violences conjugales répétées
- Le déficit fonctionnel temporaire : gêne dans la vie quotidienne pendant la période de soins. Les classes de DFT permettent de calculer l’indemnisation.
- Le préjudice esthétique : cicatrices, séquelles visibles des violences
- Le préjudice sexuel : particulièrement reconnu dans les cas de violences sexuelles conjugales
- Le préjudice d’agrément : impossibilité de pratiquer des activités de loisirs
Les préjudices patrimoniaux (économiques)
- Les frais médicaux : consultations, médicaments, hospitalisations, soins psychologiques
- La perte de revenus : arrêts de travail, perte d’emploi liée aux violences
- Les frais de déménagement et relogement
- Les frais d’assistance par tierce personne si les séquelles nécessitent une aide quotidienne
- Le préjudice professionnel : perte d’emploi, difficultés à retrouver un travail
Marie, 38 ans, a subi des violences physiques et psychologiques de la part de son conjoint pendant 3 ans. Après avoir quitté le domicile et porté plainte, elle a engagé une procédure devant la CIVI. L’expertise médicale a retenu : un choc post-traumatique sévère (souffrances endurées 4/7), un déficit fonctionnel permanent de 8 %, un préjudice esthétique 2/7 (cicatrices au visage), un DFT total de 3 mois. Au total, l’indemnisation accordée par la CIVI a atteint environ 42 000 euros, incluant les frais de relogement et le suivi psychologique.
L’indemnisation par la CIVI et le FGTI
Lorsque l’auteur des violences conjugales est insolvable — ce qui est fréquent — la victime peut se tourner vers la Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions (CIVI). Ce dispositif permet d’obtenir une indemnisation intégrale de ses préjudices, versée par le Fonds de Garantie des victimes de Terrorisme et d’autres Infractions (FGTI).
Les conditions d’indemnisation par la CIVI
Pour saisir la CIVI, plusieurs conditions d’indemnisation doivent être réunies :
- Les faits doivent avoir causé un dommage corporel (physique ou psychologique)
- L’infraction doit avoir été commise sur le territoire français
- La victime doit être de nationalité française ou résider régulièrement en France
- La demande doit être faite dans un délai de 3 ans à compter de la date de l’infraction (ou 1 an après la dernière décision judiciaire)
La CIVI peut accorder une indemnisation même si l’auteur des violences n’a pas été condamné pénalement (classement sans suite, relaxe pour insuffisance de preuves). Ce qui compte, c’est que les faits de violence soient établis et qu’un préjudice corporel soit démontré. C’est une voie d’indemnisation particulièrement importante pour les victimes de violence conjugale.
La procédure devant la CIVI
La demande se fait par requête auprès du tribunal judiciaire du domicile de la victime. La procédure se déroule en plusieurs étapes :
- Dépôt de la requête accompagnée des pièces justificatives
- Transmission du dossier au FGTI qui peut formuler une offre d’indemnisation
- Si la victime accepte l’offre, le président de la CIVI homologue l’accord
- En cas de désaccord, une audience contradictoire est organisée
- La CIVI rend sa décision et fixe le montant de l’indemnisation
Le FGTI propose souvent des montants inférieurs à ce que la victime pourrait obtenir. Il est fortement recommandé de faire vérifier toute offre par un professionnel du dommage corporel avant de l’accepter. Une fois l’offre acceptée, il n’est plus possible de revenir en arrière. La page sur la contestation d’une offre d’indemnisation fournit un modèle de lettre utile.
Le SARVI : une alternative simplifiée
Si l’auteur des violences a été condamné par un tribunal pénal à verser des dommages et intérêts et qu’il ne paie pas, la victime peut saisir le SARVI (Service d’Aide au Recouvrement des Victimes d’Infractions). Ce service avance une partie des sommes dues et se charge ensuite de recouvrer la totalité auprès de l’auteur.
Selon la gravité des faits et les séquelles, l’indemnisation d’une victime de violence conjugale peut varier considérablement : de 5 000 à 15 000 euros pour des violences ponctuelles avec séquelles modérées, jusqu’à 50 000 à 150 000 euros voire plus pour des violences répétées ayant causé un handicap, un traumatisme psychologique sévère ou des séquelles permanentes importantes. La page sur les exemples de montants d’indemnisation en cas d’agression donne davantage de repères chiffrés.
Le simulateur en ligne de victime-info.fr permet d’obtenir une estimation indicative de l’indemnisation en fonction des préjudices subis.
L’expertise médicale : étape clé de l’indemnisation
L’expertise médicale est un passage obligé pour obtenir une indemnisation juste. C’est au cours de cette expertise que sont évalués et quantifiés l’ensemble des préjudices subis par la victime. Le détail du déroulement de cette étape est expliqué sur la page consacrée à l’expertise médicale.
Le rôle de l’expert médical
L’expert médical — désigné par la CIVI ou par le tribunal — examine la victime et évalue chaque poste de préjudice selon la nomenclature Dintilhac. Il détermine notamment :
- La date de consolidation médicale (moment où l’état de santé est stabilisé)
- Le taux de déficit fonctionnel permanent (AIPP)
- La note de souffrances endurées (sur une échelle de 1 à 7)
- Le préjudice esthétique, le préjudice sexuel, le préjudice d’agrément
- Les besoins en assistance par tierce personne
L’expert médical désigné par le tribunal ou le FGTI est censé être impartial, mais la victime a tout intérêt à être assistée par son propre médecin conseil lors de l’expertise. Ce professionnel, spécialisé dans la défense des victimes, veille à ce que tous les préjudices soient correctement évalués, y compris les séquelles psychologiques souvent minimisées dans les cas de violence conjugale.
Les particularités de l’expertise en cas de violence conjugale
Les violences conjugales présentent des spécificités importantes lors de l’expertise médicale :
- Le syndrome de stress post-traumatique complexe : les violences répétées sur une longue période génèrent des traumatismes psychologiques spécifiques, plus graves qu’un ESPT classique
- La dissociation : certaines victimes minimisent inconsciemment leurs souffrances face à l’expert, ce qui peut conduire à une sous-évaluation des préjudices
- Les conséquences sur les enfants : les enfants témoins de violences conjugales sont eux-mêmes victimes et peuvent faire l’objet d’une expertise séparée
Depuis la loi du 30 juillet 2020, les enfants qui assistent aux violences conjugales sont reconnus comme victimes à part entière. La violence conjugale est considérée comme une forme de maltraitance envers les enfants. Ces derniers peuvent donc également bénéficier d’une indemnisation pour leur propre préjudice moral et psychologique.
Se faire accompagner : avocat, associations et médecin conseil
Face à la complexité des démarches et à la vulnérabilité émotionnelle des victimes de violence conjugale, l’accompagnement par des professionnels est essentiel. Plusieurs intervenants peuvent aider la victime à chaque étape du parcours.
L’avocat spécialisé en droit du dommage corporel
Un avocat spécialisé en dommages corporels est un allié indispensable pour :
- Se constituer partie civile devant le tribunal pénal
- Préparer et déposer la requête devant la CIVI
- Assister la victime lors de l’expertise médicale
- Négocier le montant de l’indemnisation avec le FGTI
- Contester une offre insuffisante
La victime de violence conjugale peut bénéficier de l’aide juridictionnelle si ses ressources sont insuffisantes pour régler les honoraires d’un avocat. Cette aide prend en charge tout ou partie des frais de justice.
Les associations d’aide aux victimes
De nombreuses associations spécialisées accompagnent les victimes de violence conjugale. Elles proposent un accueil, une écoute, un soutien psychologique et une orientation vers les dispositifs juridiques adaptés.
Parmi les numéros et dispositifs essentiels :
- 3919 : numéro national de référence pour les femmes victimes de violences (gratuit et anonyme)
- 114 : numéro d’urgence par SMS pour les personnes qui ne peuvent pas téléphoner
- Associations France Victimes : présentes dans chaque département, elles assurent un accompagnement gratuit
- Association d’Aide aux Victimes de France (AVF) : partenaire de victime-info.fr, elle propose un accompagnement personnalisé
3919 — Violences Femmes Info (gratuit, anonyme, 24h/24)
17 — Police secours (en cas de danger immédiat)
114 — Numéro d’urgence par SMS
0 800 05 95 95 — Viols Femmes Informations (gratuit et anonyme)
119 — Enfance en danger
Les erreurs à éviter pour les victimes de violence conjugale
Certaines erreurs peuvent compromettre les droits de la victime ou réduire considérablement le montant de l’indemnisation. Voici les pièges les plus fréquents à connaître pour les éviter.
Erreurs lors du dépôt de plainte
- Ne pas porter plainte par peur ou par sentiment de honte : la plainte est un droit fondamental et déclenche la protection judiciaire
- Minimiser les faits lors de l’audition : la victime doit décrire précisément et exhaustivement toutes les violences subies
- Ne pas faire constater médicalement les blessures immédiatement après les faits
Erreurs lors de l’indemnisation
- Accepter trop rapidement une offre d’indemnisation sans la faire vérifier par un professionnel
- Signer un document de renonciation à tout recours ultérieur
- Ne pas se faire assister par un médecin conseil lors de l’expertise médicale
- Laisser passer les délais de prescription
En matière de violence conjugale, le délai de prescription pour déposer plainte varie selon la qualification des faits : 6 ans pour les violences volontaires constituant un délit, 20 ans pour un viol (crime). Pour saisir la CIVI, le délai est de 3 ans à compter de l’infraction ou 1 an après la dernière décision de justice. Concernant l’indemnisation civile, le délai de prescription est de 10 ans à compter de la consolidation (article 2226 du Code civil). Il est impératif de ne pas laisser ces délais expirer.
Laura, 45 ans, a été victime de violences conjugales pendant 5 ans (violences physiques et harcèlement moral). Après son dépôt de plainte et la saisine de la CIVI, le FGTI lui a proposé 12 000 euros. Ne connaissant pas ses droits, elle a accepté immédiatement. Un avocat spécialisé consulté après coup a estimé que ses préjudices (choc post-traumatique sévère, DFP de 12 %, souffrances endurées 5/7) auraient justifié une indemnisation de l’ordre de 65 000 à 80 000 euros. Une fois l’offre acceptée, il était malheureusement trop tard pour revenir en arrière.
Comment constituer son dossier d’indemnisation
Pour maximiser les chances d’obtenir une indemnisation juste, la victime de violence conjugale doit constituer un dossier solide. Ce dossier regroupe l’ensemble des pièces justificatives permettant de prouver les violences et d’évaluer les préjudices.
Les pièces essentielles du dossier
- Copie du dépôt de plainte ou de la main courante
- Certificats médicaux (initial et de suivi)
- Certificat médical de consolidation
- Rapport d’expertise médicale
- Justificatifs de frais (médicaux, relogement, déplacement)
- Bulletins de salaire et justificatifs de perte de revenus
- Attestations de proches décrivant les conséquences des violences
- Jugement pénal (si l’auteur a été condamné)
Même si la victime n’est pas encore prête à porter plainte, il est essentiel de conserver toutes les preuves dès les premiers faits de violence : photos des blessures, SMS menaçants, certificats médicaux, témoignages écrits. Ces éléments pourront être utilisés ultérieurement lors du dépôt de plainte et de la demande d’indemnisation. La page sur les fondamentaux du droit du dommage corporel rappelle le principe de réparation intégrale qui guide l’ensemble de la procédure.
La procédure pénale et la constitution de partie civile
Parallèlement à la demande d’indemnisation devant la CIVI, la victime de violence conjugale peut se constituer partie civile au procès pénal de l’auteur des violences. Cela lui permet de :
- Avoir accès au dossier pénal
- Demander des dommages et intérêts pour agression directement au tribunal
- Être entendue à l’audience et faire valoir ses préjudices
- Faire appel de la décision si elle est insatisfaisante
La constitution de partie civile au procès pénal et la saisine de la CIVI ne s’excluent pas. La victime peut se porter partie civile au pénal pour obtenir la condamnation de l’auteur à des dommages et intérêts, puis saisir la CIVI (ou le SARVI) si l’auteur ne paie pas. Les deux procédures peuvent également être menées en parallèle.
FAQ – Violence conjugale et indemnisation
Questions fréquentes
La victime peut-elle obtenir une indemnisation sans avoir porté plainte ?
Oui, il est possible de saisir la CIVI sans avoir déposé plainte au préalable. Cependant, le dépôt de plainte reste vivement recommandé car il constitue un élément de preuve important et déclenche l’enquête pénale. En pratique, les chances d’obtenir une indemnisation sont nettement plus élevées lorsqu’une plainte a été déposée et que les faits ont été constatés par les forces de l’ordre et par un médecin.
Quel est le délai pour demander une indemnisation après des violences conjugales ?
Le délai pour saisir la CIVI est de 3 ans à compter de la date des faits, ou de 1 an à compter de la dernière décision de justice. En matière civile, le délai de prescription est de 10 ans à compter de la consolidation des blessures (article 2226 du Code civil). Il est essentiel de ne pas laisser ces délais expirer, car au-delà, toute demande d’indemnisation sera irrecevable.
Les enfants témoins de violences conjugales peuvent-ils être indemnisés ?
Oui. Depuis la loi du 30 juillet 2020, les enfants qui assistent aux violences conjugales sont reconnus comme victimes à part entière. Ils peuvent donc prétendre à une indemnisation pour leur propre préjudice moral et psychologique, indépendamment de l’indemnisation du parent victime. Un représentant légal (le parent non-violent ou un administrateur ad hoc) doit agir en leur nom.
Combien coûte un avocat pour une affaire de violence conjugale ?
La victime de violence conjugale peut bénéficier de l’aide juridictionnelle, qui prend en charge tout ou partie des honoraires d’avocat selon les ressources de la personne. Certains avocats spécialisés en dommage corporel acceptent également des honoraires de résultat, c’est-à-dire qu’ils ne perçoivent leurs honoraires qu’en cas de succès de la procédure d’indemnisation. La page sur le choix d’un avocat en dommage corporel détaille les critères à prendre en compte.
Peut-on être indemnisé si l'auteur des violences est acquitté ou relaxé ?
Oui. La CIVI est indépendante de la juridiction pénale. Même en cas de relaxe ou d’acquittement de l’auteur des violences, la CIVI peut accorder une indemnisation si les faits de violence et le dommage corporel sont établis. Les critères d’appréciation de la CIVI sont différents de ceux du tribunal pénal : la preuve n’a pas besoin d’être établie « au-delà de tout doute raisonnable ».
La victime doit-elle quitter le domicile conjugal pour être indemnisée ?
Non. La victime n’est pas obligée de quitter le domicile pour engager des démarches d’indemnisation. Au contraire, grâce à l’ordonnance de protection, c’est l’auteur des violences qui peut être contraint de quitter le domicile et le logement peut être attribué à la victime. Le fait de rester au domicile ne diminue en rien les droits à indemnisation.
Conclusion
Les violences conjugales sont des infractions pénales graves qui ouvrent droit à une indemnisation complète des préjudices subis. Qu’il s’agisse de violences physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques, la victime dispose de recours juridiques efficaces pour obtenir réparation. Le dépôt de plainte, la demande d’ordonnance de protection et la saisine de la CIVI sont autant d’étapes qui permettent de faire reconnaître les droits de la victime et d’obtenir une indemnisation juste.
L’accompagnement par des professionnels — avocat spécialisé, médecin conseil, associations — est déterminant pour éviter les erreurs qui pourraient compromettre l’indemnisation. La permanence de victime-info.fr, en partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), oriente gratuitement les victimes de violence conjugale vers les solutions adaptées à leur situation.
La permanence de victime-info.fr est disponible pour accompagner les victimes de violence conjugale dans leurs démarches d’indemnisation. L’échange est gratuit et confidentiel, en partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France.
Témoignages
— Samia, 32 ans, victime de violences conjugalesBon moi j’ai mis 4 ans avant de porter plainte, j’avais trop peur et trop honte.. quand j’ai finalement osé le faire j’ai été orientée vers la CIVI et j’ai obtenu une indemnisation de 28000€ pour tout ce que j’ai subi. J’aurais du le faire bien avant. A toutes celles qui hésitent, faites le c’est votre droit et personne peut vous le refuser
— Thomas, 41 ans, ex-conjoint victime de violence psychologiqueFranchement moi je pensais que la violence conjugale ça touchait que les femmes mais non, j’ai subi du harcèlement moral pendant des années, manipulation, isolement de mes amis et ma famille.. j’ai trouvé victime-info.fr et j’ai compris que c’était reconnu par la loi. J’ai saisi la CIVI et ça a abouti. Les hommes aussi peuvent être victimes, faut oser en parler
— Nadia, 47 ans, mère de 2 enfantsHonnêtement c’est grâce à ce site que j’ai compris que mes enfants aussi pouvaient être indemnisés alors qu’ils ont juste assisté aux violences de leur père.. l’avocate nous a bien accompagné et au final on a eu une indemnisation pour moi ET pour les enfants. Si j’avais pas eu ces informations j’aurais jamais su que c’était possible. Merci victime-info



