Une chirurgie esthétique ratée peut avoir des conséquences dramatiques : cicatrices disgracieuses, asymétries, infections, douleurs chroniques, voire des séquelles fonctionnelles graves. Au-delà du préjudice physique, la victime subit souvent un préjudice moral considérable, lié à l’atteinte à l’image de soi et à la perte de confiance. Chaque année en France, des milliers de personnes subissent les conséquences d’une intervention de chirurgie esthétique qui ne s’est pas déroulée comme prévu.
La bonne nouvelle, c’est que la loi protège les victimes de chirurgie esthétique ratée. Qu’il s’agisse d’une faute ou d’une erreur médicale, d’un défaut d’information ou d’un résultat manifestement anormal, des recours existent pour obtenir une indemnisation complète des préjudices subis. Ce guide détaille toutes les démarches, les procédures et les droits des victimes, étape par étape.
La permanence de victime-info.fr accompagne gratuitement les victimes d’accidents médicaux, y compris de chirurgie esthétique ratée, dans la compréhension de leurs droits et l’orientation vers les professionnels compétents.
Sommaire
- Les spécificités de la chirurgie esthétique en matière de responsabilité médicale
- Les types de complications et préjudices liés à une chirurgie esthétique ratée
- L’obligation d’information renforcée du chirurgien esthétique
- La faute médicale en chirurgie esthétique : comment la caractériser ?
- Les démarches pour engager un recours après une chirurgie esthétique ratée
- Les procédures disponibles : amiable, CCI et judiciaire
- Les postes de préjudice indemnisables
- Les montants d’indemnisation en chirurgie esthétique ratée
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Les spécificités de la chirurgie esthétique en matière de responsabilité médicale
La chirurgie esthétique occupe une place particulière dans le droit médical français. Contrairement à la chirurgie réparatrice (qui vise à restaurer une fonction ou corriger une malformation), la chirurgie esthétique est une intervention de confort, réalisée sur une personne en bonne santé. Cette distinction a des conséquences juridiques majeures sur les obligations du praticien et sur les possibilités de recours.
Chirurgie esthétique : intervention de confort visant à améliorer l’apparence (rhinoplastie, augmentation mammaire, liposuccion, lifting…). L’obligation d’information est renforcée.
Chirurgie réparatrice : intervention médicalement justifiée visant à corriger une anomalie congénitale, un traumatisme ou les séquelles d’une maladie. Le régime juridique est celui de la responsabilité médicale classique.
En chirurgie esthétique, le praticien est tenu à une obligation de moyens renforcée. Cela signifie que, bien que le chirurgien ne garantisse pas le résultat, les tribunaux apprécient son comportement avec une sévérité accrue. La jurisprudence considère que la victime ne présentait aucune pathologie avant l’intervention : le chirurgien a donc une responsabilité particulière envers une personne en bonne santé qui lui confie son corps.
Cette spécificité se traduit notamment par une obligation d’information beaucoup plus stricte, un devoir de refuser l’intervention si les risques sont disproportionnés par rapport au bénéfice attendu, et une appréciation rigoureuse de la qualité du geste chirurgical. Les fondamentaux du droit du dommage corporel s’appliquent pleinement, avec ces particularités propres à la chirurgie esthétique.
Les actes de chirurgie esthétique sont soumis à des conditions particulières : délai de réflexion obligatoire de 15 jours après la remise du devis détaillé, information exhaustive sur les risques, interdiction de la publicité trompeuse. Le praticien doit remettre un devis détaillé au patient.
Les types de complications et préjudices liés à une chirurgie esthétique ratée
Les complications d’une chirurgie esthétique ratée sont variées et peuvent toucher aussi bien l’aspect physique que la santé globale et le bien-être psychologique de la victime. Il est important de distinguer les différents types de complications pour évaluer correctement les préjudices subis.
Les complications esthétiques
Ce sont les plus fréquentes : résultat asymétrique après une augmentation mammaire, nez déformé après une rhinoplastie, cicatrices hypertrophiques ou chéloïdes après un lifting, irrégularités cutanées après une liposuccion. Le résultat ne correspond pas du tout à ce qui avait été convenu avec le chirurgien, voire est pire que l’état initial.
Les complications fonctionnelles
Certaines chirurgies esthétiques ratées entraînent des atteintes fonctionnelles : difficultés respiratoires après une rhinoplastie, troubles sensitifs (perte de sensibilité des mamelons après une mammoplastie), gêne à la mobilité après une liposuccion trop agressive, douleurs chroniques.
Les complications infectieuses et médicales
Des infections nosocomiales peuvent survenir après une chirurgie esthétique, tout comme après tout acte chirurgical. Nécroses cutanées, embolies graisseuses (notamment après liposuccion), hématomes importants nécessitant une réintervention : ces complications peuvent mettre la vie de la personne en danger.
Une femme de 32 ans subit une rhinoplastie pour corriger une bosse nasale. Après l’intervention, elle constate une asymétrie importante, une déviation de la cloison nasale qui n’existait pas avant l’opération, et des difficultés respiratoires. Le chirurgien minimise les plaintes et propose une retouche à ses frais. Après expertise, il s’avère que le geste chirurgical a été mal réalisé. La victime obtient l’indemnisation de son préjudice esthétique, de ses souffrances endurées, de son préjudice fonctionnel et du coût d’une chirurgie réparatrice.
Les complications psychologiques
Le retentissement psychologique d’une chirurgie esthétique ratée est souvent considérable. Dépression, anxiété sociale, phobie du regard des autres, perte d’estime de soi, difficultés relationnelles : le préjudice d’anxiété et le préjudice moral sont des postes importants de l’indemnisation.
L’obligation d’information renforcée du chirurgien esthétique
L’un des fondements les plus fréquents des recours en chirurgie esthétique concerne le défaut d’information. Le chirurgien esthétique est soumis à une obligation d’information particulièrement stricte, plus exigeante que pour les autres spécialités médicales.
Toute personne a le droit d’être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles, ainsi que sur les autres solutions possibles et les conséquences prévisibles en cas de refus.
En chirurgie esthétique, cette obligation d’information est encore plus rigoureuse car l’intervention n’est pas médicalement nécessaire. Le chirurgien doit informer la personne de manière exhaustive sur :
- Tous les risques, même exceptionnels, de l’intervention envisagée
- Les alternatives possibles, y compris l’option de ne pas opérer
- Les résultats réalistes attendus, sans promesse de résultat parfait
- Les suites opératoires normales (douleur, œdèmes, durée de récupération)
- Les limites de la chirurgie et les risques d’insatisfaction
- Le coût complet de l’intervention (devis obligatoire)
Même si le geste chirurgical a été réalisé correctement, le chirurgien peut être condamné s’il n’a pas informé la personne de manière complète. C’est ce qu’on appelle la perte de chance : si la victime avait été correctement informée, elle n’aurait peut-être pas consenti à l’intervention. Le défaut d’information constitue à lui seul un fondement de recours et d’indemnisation.
La charge de la preuve de l’information repose sur le praticien : c’est au chirurgien de prouver qu’il a bien informé la personne, et non à la victime de prouver qu’elle n’a pas été informée. Le simple fait de faire signer un formulaire de consentement type ne suffit pas. L’information doit être personnalisée et adaptée à chaque patient.
Il est possible de récupérer l’intégralité du dossier médical pour vérifier si l’information a été correctement délivrée. Cette étape est indispensable avant tout recours.
La faute médicale en chirurgie esthétique : comment la caractériser ?
Au-delà du défaut d’information, la faute médicale proprement dite peut prendre plusieurs formes en chirurgie esthétique. Établir la réalité de cette faute est essentiel pour obtenir une indemnisation.
La faute technique dans le geste chirurgical
Il s’agit d’une erreur dans la réalisation de l’acte chirurgical : technique opératoire inadaptée, mauvais choix de prothèse (taille, forme), erreur de dosage en liposuccion, dissection trop agressive lors d’un lifting, asymétrie manifeste… La faute technique est appréciée par rapport à ce qu’aurait fait un praticien normalement compétent et diligent dans les mêmes circonstances.
La faute dans l’indication opératoire
Le chirurgien commet une faute s’il accepte de pratiquer une intervention dont les risques sont manifestement disproportionnés par rapport au bénéfice attendu. Par exemple : proposer une intervention lourde à une personne présentant des contre-indications médicales, ou réaliser un geste excessif par rapport à la demande initiale.
La faute dans le suivi post-opératoire
Le chirurgien esthétique a une obligation de suivi après l’intervention. Une complication non détectée à temps, un retard dans la prise en charge d’une infection, l’absence de rendez-vous de contrôle : ces manquements peuvent constituer des fautes engageant la responsabilité du praticien.
Pour caractériser la faute médicale, une expertise médicale est indispensable. Un médecin expert, spécialisé en chirurgie plastique, examinera la victime, analysera le dossier médical et déterminera si le praticien a commis une faute. Il est vivement recommandé de se faire assister par un médecin-conseil de victimes lors de cette expertise.
L’erreur de diagnostic préopératoire
Avant toute intervention, le chirurgien doit réaliser un bilan complet et évaluer si la personne est une bonne candidate. Une erreur de diagnostic préopératoire (ne pas détecter une contre-indication, mal évaluer la qualité de la peau, ne pas identifier un trouble dysmorphophobique) peut engager sa responsabilité.
Les démarches pour engager un recours après une chirurgie esthétique ratée
Engager un recours après une chirurgie esthétique ratée nécessite de suivre des étapes précises. Plus la victime agit rapidement et méthodiquement, meilleures sont ses chances d’obtenir une indemnisation juste.
Étape 1 : Constituer un dossier solide
La première démarche consiste à rassembler tous les éléments de preuve. Cela comprend :
- Le dossier médical complet : compte rendu opératoire, fiche d’anesthésie, courriers entre médecins, résultats d’examens
- Les photographies : avant/après l’intervention, prises régulièrement pour documenter l’évolution
- Le devis et les documents d’information : le consentement signé, les devis, les échanges écrits
- Les factures : coût de l’intervention initiale, frais de consultations complémentaires, traitements correctifs
- Les certificats médicaux : émanant d’autres praticiens constatant les complications
Pour constituer un dossier complet, la page dédiée à la constitution du dossier d’indemnisation fournit une méthodologie détaillée.
La victime a un droit absolu d’accès à son dossier médical. Il est essentiel de le demander le plus tôt possible, avant que certains éléments ne soient égarés. Le praticien ou l’établissement dispose de 8 jours (ou 2 mois pour les dossiers de plus de 5 ans) pour le transmettre. En cas de refus, il est possible de saisir la CADA.
Étape 2 : Consulter un autre chirurgien pour un avis indépendant
Avant d’engager toute procédure, il est recommandé de consulter un autre chirurgien plasticien pour obtenir un avis médical indépendant sur la qualité de l’intervention et les possibilités de chirurgie réparatrice.
Étape 3 : Se faire accompagner par un avocat et un médecin-conseil
La victime a tout intérêt à s’entourer de deux professionnels clés :
- Un avocat spécialisé en droit médical, qui maîtrise les procédures spécifiques à la responsabilité médicale
- Un médecin-conseil de victimes, indépendant des assureurs, qui assistera la victime lors de l’expertise médicale
Le choix de l’avocat est déterminant. La page consacrée au choix d’un avocat en dommage corporel aide à identifier les critères essentiels. Les honoraires d’un avocat en dommage corporel varient selon la complexité du dossier et le mode de facturation choisi.
La permanence de victime-info.fr oriente gratuitement les victimes de chirurgie esthétique ratée vers les professionnels adaptés à leur situation : avocat en droit médical, médecin-conseil de victimes, associations d’aide.
Les procédures disponibles : amiable, CCI et judiciaire
Plusieurs voies de recours s’offrent à la victime d’une chirurgie esthétique ratée. Le choix de la procédure dépend de la gravité du préjudice, du type de faute et de la situation personnelle.
La procédure amiable directe avec le chirurgien ou son assureur
La première option consiste à adresser une réclamation au chirurgien, ou directement à son assureur en responsabilité civile professionnelle. Cette démarche peut aboutir à une indemnisation sans procès. Toutefois, l’expérience montre que les assureurs proposent souvent des montants largement insuffisants. La page sur la procédure amiable vs judiciaire aide à évaluer quelle voie est la plus adaptée.
Les compagnies d’assurance ont tendance à proposer des indemnisations très en deçà du préjudice réel. La victime ne doit jamais signer un accord d’indemnisation sans avoir consulté un professionnel indépendant. Il est toujours possible de contester une offre d’indemnisation insuffisante.
La saisine de la CCI (Commission de Conciliation et d’Indemnisation)
La CCI (anciennement CRCI) est un organisme gratuit qui permet aux victimes d’accidents médicaux d’obtenir un avis sur la responsabilité du praticien et une proposition d’indemnisation. La procédure est plus rapide qu’un procès et ne nécessite pas d’avocat (même si la présence d’un avocat est fortement recommandée).
Pour saisir la CCI, le préjudice doit atteindre un certain seuil de gravité : taux d’incapacité permanente supérieur à 24 %, ou arrêt de travail d’au moins 6 mois consécutifs, ou troubles particulièrement graves dans les conditions d’existence. Toutefois, la CCI peut également examiner les cas de faute médicale sans condition de seuil.
Pour en savoir plus : comment saisir la CCI.
En cas d’avis favorable, c’est l’assureur du praticien qui indemnise. Si l’assureur refuse ou propose un montant insuffisant, l’ONIAM (Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux) peut se substituer à lui.
La procédure judiciaire
Si les voies amiables échouent ou si la victime préfère un cadre judiciaire, il est possible de saisir le tribunal. Le chirurgien esthétique exerçant en général en libéral, c’est le tribunal judiciaire (anciennement TGI) qui est compétent. L’action peut viser :
- Le chirurgien lui-même, sur le fondement de la responsabilité contractuelle ou délictuelle
- La clinique, si celle-ci a commis une faute (défaut d’hygiène, matériel défectueux)
- L’assureur du praticien, dans le cadre de l’action directe
Il est aussi possible, dans certains cas, d’engager la responsabilité pénale du médecin en cas de faute grave (blessures involontaires, exercice illégal de la médecine esthétique).
La plainte pénale
Dans les cas les plus graves (chirurgien non qualifié, pratiques dangereuses, absence totale de consentement), la victime peut déposer plainte auprès du procureur de la République. La voie pénale permet de se constituer partie civile et d’obtenir une indemnisation dans le cadre du procès pénal.
L’action en responsabilité née à raison d’un dommage corporel se prescrit par 10 ans à compter de la date de consolidation du dommage. La victime dispose donc d’un délai de 10 ans après que son état de santé est stabilisé pour engager un recours. Attention : ce délai est impératif, au-delà l’action est prescrite.
Les postes de préjudice indemnisables après une chirurgie esthétique ratée
L’indemnisation d’une chirurgie esthétique ratée obéit au principe de la réparation intégrale du préjudice. Tous les postes de préjudice identifiés par la nomenclature Dintilhac peuvent être indemnisés.
Les préjudices patrimoniaux (pertes financières)
- Dépenses de santé : coût de l’intervention initiale, consultations complémentaires, chirurgie réparatrice, traitements médicaux, soins psychologiques
- Pertes de revenus : salaire perdu pendant les arrêts de travail liés aux complications et aux réinterventions
- Frais divers : déplacements, garde d’enfants, aide ménagère temporaire
- Incidence professionnelle : si les séquelles affectent la carrière de la victime
Les préjudices extra-patrimoniaux (souffrances et atteintes personnelles)
- Souffrances endurées (pretium doloris) : douleurs physiques et morales subies du fait des complications et des réinterventions
- Préjudice esthétique : cicatrices, déformations, asymétries, altération de l’apparence
- Déficit fonctionnel temporaire et permanent : gêne dans la vie quotidienne pendant la période de soins et séquelles durables
- Préjudice d’agrément : impossibilité ou difficulté à pratiquer des activités de loisirs
- Préjudice sexuel : notamment en cas de chirurgie mammaire ou intime ratée
- Préjudice d’anxiété : angoisse liée aux conséquences de l’intervention et à l’incertitude sur l’avenir
Une femme de 38 ans subit une augmentation mammaire. Quelques semaines après l’intervention, une infection nosocomiale se développe, nécessitant le retrait des prothèses et plusieurs mois de traitement antibiotique. Une fois guérie, elle doit subir une chirurgie réparatrice. L’expertise médicale révèle un défaut d’asepsie de la clinique. L’indemnisation couvre : les dépenses de santé (chirurgie réparatrice : 7 000 €), les souffrances endurées (4/7, soit environ 18 000 €), le préjudice esthétique (3/7, soit environ 8 000 €), le préjudice moral, la perte de revenus pendant 8 mois d’arrêt. Total : plus de 45 000 €.
Les montants d’indemnisation en chirurgie esthétique ratée
Les montants d’indemnisation varient considérablement selon la gravité des séquelles, le type de faute et les circonstances du dossier. Le calcul du préjudice corporel repose sur l’évaluation médicale des séquelles et sur les barèmes indicatifs de référence.
Complications légères (cicatrice, légère asymétrie corrigible) : 5 000 à 20 000 €
Complications modérées (séquelles esthétiques et fonctionnelles, chirurgie réparatrice nécessaire) : 20 000 à 80 000 €
Complications graves (séquelles fonctionnelles permanentes, préjudice esthétique majeur, impact psychologique sévère) : 80 000 à 300 000 € et au-delà
Ces montants sont indicatifs et dépendent de chaque situation. Un avocat spécialisé et un médecin-conseil évalueront précisément les préjudices.
Le barème de la valeur du point de déficit fonctionnel et le barème des souffrances endurées servent de référence pour le calcul des indemnités. Les tribunaux et les CCI utilisent également le référentiel Mornet pour harmoniser les montants.
Les erreurs à éviter après une chirurgie esthétique ratée
Certaines erreurs peuvent compromettre gravement les chances d’indemnisation. Les voici, avec les conseils pour les éviter.
1. Ne pas conserver les preuves : perdre le devis, le formulaire de consentement, les photos avant/après.
2. Retourner voir le même chirurgien sans précaution : accepter une retouche gratuite sans documenter les complications initiales peut affaiblir le dossier.
3. Accepter une indemnisation trop rapide : signer un protocole transactionnel avant la consolidation des séquelles empêche tout recours ultérieur.
4. Attendre trop longtemps : bien que le délai de prescription soit de 10 ans, les preuves se dégradent avec le temps.
5. Se passer de médecin-conseil : se rendre seul à l’expertise médicale face à l’expert et au médecin-conseil de l’assureur est un désavantage majeur.
6. Confondre résultat décevant et faute médicale : un résultat imparfait ne constitue pas forcément une faute ; l’expertise le déterminera.
7. Négliger le préjudice psychologique : ne pas consulter un psychologue ou psychiatre, c’est sous-évaluer un poste de préjudice important.
La page dédiée aux erreurs à éviter en matière d’indemnisation complète utilement ces conseils avec des situations concrètes.
Le cas particulier de l’indemnisation sans faute (aléa thérapeutique)
Que se passe-t-il lorsqu’aucune faute n’est caractérisée, mais que la victime subit néanmoins des complications graves ? C’est la question de l’aléa thérapeutique.
En matière de chirurgie esthétique, l’indemnisation au titre de l’aléa thérapeutique (accident médical non fautif) est plus difficile à obtenir que pour une chirurgie réparatrice ou curative. La jurisprudence considère que la personne accepte un certain niveau de risque en choisissant une intervention de confort. Toutefois, si les conditions de gravité sont remplies (taux d’AIPP > 24 % ou conséquences exceptionnellement graves), l’ONIAM peut indemniser la victime, même en l’absence de faute.
L’expertise médicale en responsabilité médicale permettra de déterminer si les complications relèvent d’une faute du praticien ou d’un aléa thérapeutique.
La consolidation médicale : une étape clé pour l’indemnisation
Avant de pouvoir être indemnisée définitivement, la victime doit atteindre la consolidation médicale. Il s’agit du moment où l’état de santé est stabilisé et n’est plus susceptible d’évoluer de manière significative, en mieux ou en pire.
En matière de chirurgie esthétique ratée, la consolidation peut intervenir tardivement, notamment si des chirurgies réparatrices sont nécessaires. Un certificat médical de consolidation est établi par le médecin traitant ou l’expert médical. C’est à partir de cette date que le délai de prescription de 10 ans commence à courir et que les préjudices définitifs peuvent être chiffrés.
Pendant la période précédant la consolidation, la victime peut demander une provision (avance sur l’indemnisation) pour faire face aux frais immédiats. Cette provision peut être obtenue auprès de l’assureur, de la CCI ou du juge des référés.
Questions fréquentes sur la chirurgie esthétique ratée
Questions fréquentes
Quel délai pour agir après une chirurgie esthétique ratée ?
La victime dispose de 10 ans à compter de la date de consolidation de son état de santé pour engager un recours en responsabilité médicale (article 2226 du Code civil). En matière pénale, le délai est de 6 ans à compter de la date des faits pour les blessures involontaires. Il est toutefois recommandé d’agir le plus rapidement possible pour préserver les preuves.
Peut-on être indemnisé si le chirurgien a seulement manqué à son devoir d'information ?
Oui. Le défaut d’information constitue une faute autonome. Si la victime n’a pas été correctement informée des risques et qu’elle n’aurait pas consenti à l’intervention en connaissance de cause, elle peut obtenir une indemnisation au titre de la perte de chance. Le montant sera proportionné à la probabilité qu’elle aurait refusé l’intervention si elle avait été correctement informée.
Faut-il obligatoirement un avocat pour engager un recours ?
Non, la saisine de la CCI est gratuite et ne nécessite pas d’avocat. Toutefois, la présence d’un avocat spécialisé en droit médical et d’un médecin-conseil de victimes est vivement recommandée pour optimiser l’indemnisation et éviter les pièges. En procédure judiciaire, l’avocat est obligatoire.
Combien coûte un recours après une chirurgie esthétique ratée ?
La saisine de la CCI est gratuite. Pour la procédure judiciaire, les honoraires de l’avocat varient selon le cabinet et peuvent être calculés au forfait, à l’heure ou au résultat. Le médecin-conseil de victimes facture généralement entre 600 et 1 500 € par expertise. Ces frais sont récupérables dans le cadre de l’indemnisation si le recours aboutit.
Le chirurgien peut-il proposer une retouche gratuite au lieu d'une indemnisation ?
Le chirurgien peut proposer de reprendre l’intervention à ses frais, mais la victime n’est jamais obligée d’accepter. Il est d’ailleurs souvent déconseillé de se faire réopérer par le praticien qui a commis la faute initiale. Accepter une retouche ne supprime pas le droit à l’indemnisation des préjudices déjà subis (souffrances, perte de revenus, préjudice moral).
Comment contester le rapport d'expertise médicale s'il est défavorable ?
Si le rapport d’expertise est défavorable, il est possible de le contester en demandant une contre-expertise ou en formulant des dires (observations écrites) avant la finalisation du rapport. L’assistance d’un médecin-conseil de victimes est alors indispensable pour argumenter sur le plan médico-technique.
Conclusion : agir vite et bien pour faire valoir ses droits
Une chirurgie esthétique ratée bouleverse la vie de la victime, tant sur le plan physique que psychologique. Les recours existent et permettent d’obtenir une indemnisation couvrant l’ensemble des préjudices subis. La clé du succès réside dans la rapidité d’action, la qualité du dossier et l’accompagnement par des professionnels compétents.
La victime ne doit pas rester seule face à cette épreuve. Qu’il s’agisse d’un défaut d’information, d’une faute technique ou de complications graves, des solutions juridiques adaptées existent. L’essentiel est de ne pas accepter la première offre de l’assureur et de faire évaluer ses préjudices par des experts indépendants.
La permanence de victime-info.fr, partenaire de l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), oriente gratuitement les victimes vers les professionnels les plus adaptés à leur situation. Un premier échange permet de comprendre les options disponibles et de déterminer la meilleure stratégie.
Témoignages
— Isabelle, 45 ans, rhinoplastie ratéeBon alors moi ça fait 3 ans que je galère suite à une rhinoplastie qui a tout abimé.. le chirurgien m’avait dit que c’était une intervention « banale » mais résultat j’ai le nez de travers et je respire mal. J’ai trouvé victime-info.fr en cherchant sur Google et grâce à eux j’ai compris que je pouvais saisir la CCI sans frais. Au final j’ai obtenu 28000€ d’indemnisation alors que l’assurance du chirurgien me proposait 5000.. faut vraiment pas accepter la premiere offre
— Mehdi, 37 ans, liposuccion avec complicationsFranchement j’avais trop honte d’en parler au debut. J’ai fait une lipo du ventre et j’ai eu une infection terrible après, 2 mois d’arret de travail et des cicatrices horribles. J’savais même pas que c’était considéré comme un accident médical. Mon avocat a fait expertiser le dossier et ya bien eu une faute d’hygiène de la clinique. Ça a pris du temps mais j’ai eu une indemnisation correcte au tribunal
— Carole, 52 ans, lifting avec séquellesHonnêtement quand je vois le résultat dans le miroir ça me rend malade.. j’ai fait un lifting qui m’a laissé des cicatrices très visibles et une asymétrie du visage. Le chirurgien voulait me réopérer gratuitement mais mon médecin conseil m’a déconseillé de retourner le voir. J’ai suivi les étapes expliquées sur ce site, j’ai constitué mon dossier et j’ai saisi la CCI. L’expertise a confirmé la faute. J’attends l’indemnisation mais au moins je sais que j’ai fait les bonnes démarches



