Perdre un membre dans un accident bouleverse tout — et ouvre droit à une indemnisation majeure, qui doit couvrir bien plus que le handicap visible : les prothèses à renouveler toute la vie, l'aide humaine, la carrière, l'image de soi. La règle à connaître d'emblée : le prix des prothèses modernes change l'échelle du dossier, et l'assureur ne le proposera pas spontanément.
Les ordres de grandeur du déficit fonctionnel
Dans les barèmes médico-légaux de droit commun, le DFP dépend du niveau d'amputation : de l'ordre de 25 à 40 % pour une jambe (selon que le genou est conservé — un point crucial), 50 à 60 % pour un membre supérieur dominant, moins pour des doigts ou un avant-pied. Avec le point Mornet (éd. septembre 2020), le seul DFP représente déjà de 100 000 à plus de 400 000 € pour une victime jeune — avant tous les autres postes.
Le poste décisif : l'appareillage à vie
Une prothèse n'est pas un achat unique. Une prothèse de jambe à microprocesseur coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros et se renouvelle tous les 4 à 6 ans ; s'y ajoutent emboîtures refaites régulièrement, prothèse de secours, prothèse de sport ou de bain, entretien. Capitalisé sur une vie, l'appareillage dépasse fréquemment le million d'euros. Exigez un devis d'appareillage complet et évolutif établi avec un orthoprothésiste — pas le simple tarif Sécurité sociale, qui ne couvre qu'une fraction du besoin réel.
Les autres postes à chiffrer
- Tierce personne : aide quotidienne, variable selon le niveau d'amputation et l'appareillage ;
- Moignon et douleurs : douleurs du membre fantôme, révisions chirurgicales du moignon — soins futurs à provisionner ;
- Logement et véhicule : adaptations, boîte automatique, aménagements ;
- Professionnel : reclassement, pertes de gains futurs, dévalorisation sur le marché du travail ;
- Préjudices personnels : souffrances endurées élevées (amputation + rééducation), préjudice esthétique important, préjudice d'agrément, préjudice sexuel et d'établissement le cas échéant.
Le piège du « tarif Sécu »
Les assureurs proposent volontiers de calculer l'appareillage sur la base des tarifs de remboursement de l'Assurance maladie. C'est très inférieur au coût réel des prothèses adaptées à une vie active. La jurisprudence admet l'indemnisation de l'appareillage réellement nécessaire à la victime — genou électronique compris si votre mode de vie le justifie. Ne signez aucune transaction fondée sur le seul tarif Sécu.
Questions fréquentes
Amputé des orteils / de l'avant-pied : est-ce « trop peu » pour un dossier ?
Non : l'appui et la marche sont durablement modifiés (chaussage spécialisé, douleurs, boiterie), le DFP est réel et les postes temporaires aussi. Faites évaluer sérieusement.
Qui paie ma prothèse de sport ?
Si le sport faisait partie de votre vie avant l'accident, la prothèse dédiée fait partie de la réparation intégrale (et son renouvellement aussi). Documentez votre pratique antérieure.
Mon moignon doit être réopéré dans quelques années : comment l'anticiper ?
Par une mention au rapport d'expertise et un provisionnement — ou, à défaut, une réserve expresse permettant de rouvrir le dossier sans repartir de zéro.
La permanence gratuite de victime-info.fr vous aide à faire chiffrer l'appareillage à sa vraie valeur et vous oriente vers des professionnels rompus à ces dossiers.
Rédigé par Valentin Papet, président de l'Association d'Aide aux Victimes de France (AVF) · Dernière mise à jour : 01/08/2026



