Plaques, vis, broches, clous, cerclages : après une fracture opérée, des millions de Français vivent avec du matériel d'ostéosynthèse. Ce que peu de victimes savent : ce matériel n'est pas neutre pour l'indemnisation. Gêne au quotidien, cicatrices, douleurs au froid, et surtout l'éventuelle ablation (une seconde opération) — tout cela se chiffre, et tout cela s'oublie facilement dans une offre d'assurance.
Le matériel pèse sur trois postes de préjudice
1. Le déficit fonctionnel permanent (DFP)
La présence de matériel s'accompagne souvent d'une gêne mesurable : sensibilité au froid et aux changements de temps, gêne au contact (s'agenouiller avec une plaque de rotule, s'appuyer sur un avant-bras vissé), limitation fine des mouvements. À l'expertise, exigez que la gêne liée au matériel soit décrite et intégrée au taux — pas balayée d'un « matériel bien toléré ».
2. Le préjudice esthétique
Une ostéosynthèse, ce sont des cicatrices chirurgicales — parfois longues (abord du fémur, du rachis), parfois multiples. Elles s'évaluent sur l'échelle de 0,5 à 7/7 du préjudice esthétique, en tenant compte de leur visibilité et de votre âge. Un relief palpable sous la peau (vis de cheville, plaque de clavicule) compte aussi.
3. L'ablation du matériel : la seconde opération
C'est le point le plus oublié. Si une ablation est prévue ou probable, elle implique : une nouvelle hospitalisation, un nouvel arrêt de travail, de nouvelles souffrances et de nouveaux frais. Tout cela doit être provisionné dans l'indemnisation initiale — mentionné noir sur blanc dans le rapport d'expertise. Sinon, il faudra rouvrir le dossier en aggravation, des années plus tard.
Ablation ou pas : les deux scénarios
| Scénario | Conséquences pour l'indemnisation |
|---|---|
| Le matériel reste à vie | Gêne durable intégrée au DFP, cicatrices au préjudice esthétique, parfois contre-indications (IRM selon matériel ancien, détecteurs) à faire noter. |
| Une ablation est envisagée | Intervention, arrêt, souffrances et frais futurs à provisionner avant signature ; nouvelles cicatrices possibles ; en cas de refus de l'assureur, ne signez pas sans mention expresse. |
Les bons réflexes
- demandez à votre chirurgien un écrit sur le devenir du matériel (ablation prévue ? probable ? à quelle échéance ?) ;
- photographiez et faites décrire chaque cicatrice à l'expertise ;
- notez la gêne concrète : douleurs au froid, appui impossible, sonnerie des portiques — du vécu, pas des généralités ;
- si l'ablation a déjà eu lieu au moment de l'expertise, apportez le compte rendu : cette période s'indemnise rétroactivement.
Questions fréquentes
On me laisse la plaque « à vie » : ai-je droit à quelque chose ?
Oui, si elle génère une gêne ou des cicatrices — ce qui est presque toujours le cas. Ce n'est pas le matériel en soi qui s'indemnise, c'est son retentissement : faites-le décrire précisément.
L'assureur refuse de payer l'ablation « pas encore décidée » : normal ?
C'est le point de friction classique. Si l'ablation est médicalement probable, elle doit être provisionnée ou expressément réservée dans la transaction. À défaut, votre seul recours futur sera l'action en aggravation.
Ma cicatrice de 15 cm me complexe : combien vaut-elle ?
Selon sa visibilité, votre âge et le retentissement : souvent entre 1,5 et 3/7 sur l'échelle du préjudice esthétique, soit 1 500 à 8 000 € pour ce seul poste (fourchettes indicatives de la pratique jurisprudentielle).
La permanence gratuite de victime-info.fr vérifie que le matériel, les cicatrices et l'ablation future sont bien comptés dans votre offre — avant que vous signiez.
Rédigé par Valentin Papet, président de l'Association d'Aide aux Victimes de France (AVF) · Dernière mise à jour : 01/08/2026



