Paraplégie, tétraplégie : après une lésion de la moelle épinière, l'indemnisation n'est pas une somme symbolique — c'est le financement d'une vie entière réorganisée. Ces dossiers se chiffrent en millions d'euros, non pas grâce au seul taux d'incapacité, mais parce que chaque heure d'aide humaine, chaque adaptation du logement et chaque année de revenus perdus doit être payée par le responsable. Un dossier mal monté peut coûter à la victime plus que l'accident lui-même.
Les ordres de grandeur du déficit fonctionnel
Dans les barèmes médico-légaux de droit commun, la paraplégie est généralement évaluée autour de 70 à 75 % de DFP, la tétraplégie autour de 90 à 95 %. Avec la valeur du point du référentiel Mornet (éd. septembre 2020), le seul DFP représente déjà plusieurs centaines de milliers d'euros pour une victime jeune. Mais dans ces dossiers, le DFP n'est pas le poste principal.
Le vrai cœur du dossier : la tierce personne
L'assistance par tierce personne — l'aide humaine quotidienne — représente souvent plus de la moitié de l'indemnisation totale. Quelques heures par jour pour une paraplégie autonome, une présence 24 h/24 pour une tétraplégie haute : capitalisée sur une vie entière, cette aide se chiffre en millions. Deux règles d'or :
- ne laissez pas l'expertise minorer le besoin d'aide : le besoin s'évalue sur les 24 heures, toutes activités comprises (nuits, imprévus, stimulation), pas sur un planning théorique optimisé ;
- l'aide familiale se paie aussi : le conjoint ou les parents qui aident ne sont pas « gratuits » — leur temps s'indemnise au même titre qu'un professionnel.
Les autres postes majeurs
- Logement et véhicule adaptés : achat ou aménagement complet (domotique, salle de bain, fauteuil, véhicule TPMR) — présents et futurs, renouvellements compris ;
- Pertes de gains professionnels futurs et incidence professionnelle : carrière interrompue ou réorientée, capitalisée jusqu'à la retraite et au-delà ;
- Frais de santé futurs : fauteuils (renouvelés tous les 4-5 ans), sondages, escarres, kiné à vie — tout se provisionne ;
- Préjudices personnels : souffrances endurées souvent 5 à 6/7, préjudice esthétique, préjudice sexuel et préjudice d'établissement (fonder une famille), préjudice d'agrément.
Rente ou capital ?
Pour les gros postes (tierce personne, pertes futures), l'indemnisation peut être versée en capital ou en rente indexée. Le choix est stratégique : la rente sécurise sur la durée de vie (et se révise en aggravation), le capital donne l'autonomie mais doit être géré sur 40 ou 50 ans. Ne tranchez pas sans conseil indépendant — c'est une décision aussi importante que le montant lui-même.
Questions fréquentes
L'assureur propose une provision : dois-je l'accepter ?
Oui, les provisions sont votre droit et ne valent pas solde de tout compte : acceptez-les pour financer l'immédiat, sans jamais signer de transaction définitive avant stabilisation complète et chiffrage contradictoire de tous les postes.
La MDPH et la PCH couvrent déjà une partie de l'aide : cela réduit-il mon indemnisation ?
Les prestations perçues s'articulent avec l'indemnisation (recours des tiers payeurs), mais elles ne dispensent jamais le responsable de la réparation intégrale. Le calcul d'imputation est technique : faites-le vérifier.
Faut-il un avocat spécialisé ?
Pour un dossier de cette ampleur, oui, sans hésitation — avec un médecin conseil de victimes rompu aux grands handicaps. L'écart entre un dossier bien et mal défendu se compte ici en centaines de milliers d'euros.
La permanence gratuite de victime-info.fr vous oriente vers les professionnels spécialisés dans les grands handicaps — avocat, médecin conseil, ergothérapeute — et vous aide à ne fermer aucun poste trop tôt.
Rédigé par Valentin Papet, président de l'Association d'Aide aux Victimes de France (AVF) · Dernière mise à jour : 01/08/2026



