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Chute dans un lieu public ou un commerce : guide complet pour obtenir une indemnisation

Sol mouillé dans un supermarché, trottoir défoncé, escalier glissant dans un centre commercial, verglas non traité devant un commerce… Les chutes dans les lieux publics et les commerces comptent parmi les accidents de la vie courante les plus fréquents en France. Fracture du poignet, du col du fémur, traumatisme crânien : les conséquences peuvent être très lourdes. Ce guide détaille les droits de la victime, les responsabilités en jeu, les démarches à suivre et les postes de préjudice indemnisables après une chute dans un lieu ouvert au public.

Les chutes dans les lieux publics : un risque sous-estimé

Les chutes représentent la première cause d’accident de la vie courante en France. Elles ne surviennent pas uniquement au domicile : de très nombreuses chutes se produisent dans les espaces ouverts au public — magasins, supermarchés, restaurants, parkings, trottoirs, places publiques, gares ou centres commerciaux.

📊 Chutes en France : quelques chiffres

Chaque année, les chutes accidentelles provoquent environ 9 000 décès en France et plusieurs centaines de milliers d’hospitalisations. Les personnes âgées de plus de 65 ans sont les plus exposées, mais toutes les tranches d’âge sont concernées.

Contrairement à une chute à domicile, une chute dans un lieu public ou un commerce implique presque toujours un tiers potentiellement responsable : le commerçant, la collectivité locale, le gestionnaire de l’espace ou le syndic de copropriété. Cette distinction est fondamentale car elle ouvre des droits à indemnisation que de nombreuses victimes ignorent.

Beaucoup de personnes accidentées pensent à tort que leur chute relève de la simple malchance. En réalité, si un défaut d’entretien, un obstacle non signalé ou un manquement aux règles de sécurité est en cause, la victime peut obtenir la réparation intégrale de ses préjudices.

Un droit souvent méconnu

Même en l’absence de tiers responsable identifié, la victime d’une chute peut être indemnisée grâce à sa Garantie Accidents de la Vie (GAV) si elle a souscrit ce type de contrat. Il est donc essentiel de vérifier ses contrats d’assurance après tout accident corporel.

Chute dans un commerce ou un magasin : la responsabilité du commerçant

Le commerçant qui accueille du public a une obligation de sécurité envers ses clients. Cette obligation ne se limite pas à une simple vigilance : elle impose de prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir les accidents dans l’enceinte de l’établissement.

⚖️ Article 1242 alinéa 1 du Code civil

« On est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde. » Ce texte fonde la responsabilité du fait des choses qui s’applique directement aux chutes dans les commerces. Le commerçant est gardien de ses locaux et de tout ce qui s’y trouve.

Les situations les plus fréquentes de chute en commerce

Les cas de chute dans un magasin ou un commerce sont extrêmement variés. Voici les situations les plus courantes :

  • Sol mouillé ou glissant : flaque d’eau, produit renversé dans un rayon, sol lavé sans signalisation par un panneau « sol glissant »
  • Obstacle non signalé : carton dans une allée, palette de marchandises, câble électrique au sol, présentoir mal placé
  • Défaut d’entretien : marche cassée, tapis décollé, rampe d’escalier absente ou instable, éclairage insuffisant
  • Équipement dangereux : escalator défectueux, porte automatique défaillante, chariot instable, tapis roulant en panne
  • Verglas ou neige : parvis ou parking non déneigé, non salé devant l’entrée du commerce
  • Revêtement de sol inadapté : carrelage très lisse dans une zone de passage, sol non conforme aux normes d’accessibilité
💡 Cas pratique : chute sur un sol mouillé en supermarché

Mme Dupont, 58 ans, fait ses courses un samedi après-midi dans un supermarché. Elle glisse sur une flaque d’huile d’olive dans le rayon épicerie et chute lourdement. Résultat : fracture du poignet droit et contusion au genou. Aucun panneau de signalisation n’avait été posé et la flaque était présente depuis plusieurs minutes selon les témoins. La responsabilité du supermarché est engagée sur le fondement de l’article 1242 du Code civil. Après expertise médicale, Mme Dupont obtient une indemnisation de 18 000 euros couvrant ses souffrances endurées, son déficit fonctionnel temporaire et ses pertes de gains professionnels.

Le principe juridique est le suivant : le commerçant est gardien de ses locaux et de tout ce qui s’y trouve. Il est présumé responsable des dommages causés par une chose sous sa garde (sol, mobilier, équipement). La victime doit prouver que la chose a joué un rôle actif dans la chute — c’est-à-dire que le sol était anormalement glissant, qu’un obstacle était imprévisible ou qu’un défaut d’entretien créait un danger.

La preuve : l’enjeu crucial après une chute en magasin

La principale difficulté en cas de chute dans un commerce est de rapporter la preuve des circonstances de l’accident. Le commerçant ou son assureur contestera souvent sa responsabilité en affirmant que la victime a elle-même causé sa chute. Il est donc essentiel d’agir immédiatement sur les lieux :

  • Photographier les lieux sans attendre : le sol mouillé, l’obstacle, l’absence de signalisation, la marche cassée
  • Demander les coordonnées des témoins présents (clients, employés)
  • Demander au commerçant de consigner l’accident dans son registre des accidents ou de rédiger une déclaration
  • Demander la conservation des vidéos de surveillance — attention, le commerçant peut les effacer ou les écraser rapidement
  • Faire un constat sur place si possible en déposant une main courante auprès de la police ou de la gendarmerie
  • Conserver les vêtements et chaussures portés au moment de la chute (pour prouver que la victime portait des chaussures adaptées)
⚠️ Ne rien signer sur place

La victime ne doit signer aucun document sur place reconnaissant sa propre responsabilité ou renonçant à ses droits. Certains commerçants ou leur assureur tentent de faire signer une décharge ou une déclaration minimisant l’accident. Il faut refuser systématiquement. De même, il ne faut pas minimiser ses blessures en déclarant « ce n’est rien » : cette déclaration pourrait être retenue contre la victime ultérieurement lors de la procédure d’indemnisation.

Pour constituer un dossier solide, la victime a tout intérêt à rassembler le maximum d’éléments de preuve dès les premières heures suivant l’accident. Plus le temps passe, plus les preuves disparaissent (nettoyage des lieux, effacement des vidéos, oubli des témoins).

Chute sur la voie publique : la responsabilité de la commune

Lorsqu’une personne chute sur un trottoir, une place publique, une voie piétonne, un escalier public ou dans un parc municipal, la responsabilité de la commune ou de la collectivité gestionnaire de l’espace peut être engagée.

Le régime juridique applicable aux chutes sur la voie publique

La responsabilité des collectivités publiques en matière de voirie relève du droit administratif et repose sur la notion de défaut d’entretien normal de l’ouvrage public. Ce régime est différent du droit civil applicable aux commerces.

Pour engager la responsabilité de la commune, la victime doit démontrer trois éléments :

  • L’existence d’un défaut d’entretien de la voie publique : nid-de-poule, dalle descellée, trottoir défoncé, absence de signalisation d’un danger, bordure de trottoir dégradée
  • Un lien de causalité direct entre ce défaut et la chute
  • L’existence d’un dommage corporel attesté par des certificats médicaux
⚖️ Jurisprudence du Conseil d'État

Le juge administratif considère que la collectivité est responsable dès lors que l’ouvrage public présente un défaut d’entretien normal. La commune peut s’exonérer si elle prouve la force majeure, la faute de la victime ou le fait d’un tiers. Le simple fait que le défaut existait depuis longtemps sans avoir été corrigé renforce la responsabilité de la collectivité.

La procédure contre une commune

Le recours contre une commune se fait devant le tribunal administratif (et non le tribunal judiciaire). La procédure débute obligatoirement par un recours préalable indemnitaire : une lettre recommandée avec accusé de réception adressée au maire pour demander l’indemnisation. En l’absence de réponse dans un délai de 2 mois, la demande est considérée comme implicitement rejetée. La victime peut alors saisir le tribunal administratif. Des modèles de lettres sont disponibles pour faciliter cette démarche.

Les causes les plus fréquentes de chute sur la voie publique

Les défauts d’entretien de la voirie à l’origine de chutes sont nombreux et variés :

Cause de la chute Responsable potentiel Observations
Nid-de-poule, trottoir défoncé Commune Défaut d’entretien de la voirie
Plaque d’égout manquante ou instable Commune ou concessionnaire réseau Ouvrage public défectueux
Verglas, neige non traités Commune Obligation de salage/déneigement
Travaux non signalés, tranchée ouverte Commune ou entreprise de travaux Responsabilité solidaire possible
Racines d’arbre soulevant le trottoir Commune Défaut d’entretien des plantations
Terrasse de café empiétant sur le trottoir Commerçant Obstacle sur voie publique
  • Nids-de-poule et trous dans la chaussée ou le trottoir
  • Dalles descellées ou plaques d’égout mal fixées
  • Racines d’arbres soulevant le revêtement du trottoir
  • Verglas ou neige non traités sur les voies piétonnes
  • Travaux mal signalés : tranchée non protégée, barrière absente, signalétique insuffisante
  • Éclairage public défaillant rendant invisible un danger au sol
  • Bordures de trottoir dégradées ou dénivelés importants non signalés
  • Bouche d’égout sans grille ou grille cassée
💡 Cas pratique : chute sur un trottoir défoncé

M. Martin, 72 ans, trébuche sur une dalle descellée du trottoir devant la mairie de sa commune en se rendant au marché. Il chute et se fracture le col du fémur. Hospitalisé pendant 10 jours, il subit une opération chirurgicale puis 3 mois de rééducation en centre spécialisé. M. Martin adresse un recours préalable au maire avec des photographies du trottoir et un témoignage de son épouse. La commune ne répond pas dans les 2 mois. M. Martin saisit alors le tribunal administratif. Après expertise médicale, il obtient une indemnisation de 45 000 euros pour l’ensemble de ses préjudices.

Chute dans les parties communes d’un immeuble

Les chutes ne se produisent pas uniquement dans les commerces ou sur la voie publique. Le hall d’entrée, l’escalier, l’ascenseur ou le parking souterrain d’un immeuble sont aussi des lieux où les accidents surviennent régulièrement.

Le syndic de copropriété (ou le propriétaire dans un immeuble locatif) a l’obligation d’assurer l’entretien et la sécurité des parties communes. Sa responsabilité peut être engagée dans les situations suivantes :

  • Sol glissant non nettoyé après une fuite d’eau ou un résidu de produit d’entretien
  • Éclairage défaillant dans les escaliers ou le parking souterrain
  • Rampe d’escalier cassée, branlante ou absente
  • Marche descellée ou tapis mal fixé dans les parties communes
  • Ascenseur défectueux provoquant un décalage de niveau
  • Verglas non traité sur les accès extérieurs de l’immeuble
⚠️ Qui est responsable dans une copropriété ?

La responsabilité peut incomber au syndic de copropriété, à la copropriété elle-même (représentée par le syndicat des copropriétaires), à l’entreprise de nettoyage si un défaut d’entretien est en cause, ou au propriétaire bailleur si le défaut concerne un équipement de l’immeuble. Il est important de bien identifier le responsable avant d’engager les démarches. Un avocat spécialisé en dommage corporel peut aider la victime à déterminer contre qui diriger sa demande.

Le fondement juridique est ici l’article 1242 alinéa 1 du Code civil (responsabilité du fait des choses) ou l’article 1240 du Code civil (responsabilité pour faute) si un manquement précis du syndic est démontré — par exemple l’absence de réparation malgré des signalements répétés.

L’indemnisation de la victime d’une chute dans un lieu public

Lorsque la responsabilité d’un tiers est établie, la victime a droit à la réparation intégrale de ses préjudices corporels. Ce principe fondamental du droit français signifie que l’indemnisation doit couvrir l’ensemble des conséquences de l’accident, sans enrichissement ni appauvrissement de la victime.

Les postes de préjudice indemnisables après une chute, selon la nomenclature Dintilhac, sont les suivants :

Les préjudices patrimoniaux (pertes financières)

  • Dépenses de santé actuelles et futures : frais médicaux, chirurgicaux, de rééducation, d’appareillage restés à charge après remboursement par la Sécurité sociale et la mutuelle
  • Pertes de gains professionnels : revenus perdus pendant l’arrêt de travail (temporaires) et perte de capacité de gain future (permanentes)
  • Assistance par tierce personne : aide à domicile rendue nécessaire par le handicap, même si elle est assurée par un proche
  • Frais de logement et de véhicule adaptés : en cas de handicap nécessitant un aménagement (rampe d’accès, douche accessible, siège auto adapté)

Les préjudices extra-patrimoniaux (souffrances et qualité de vie)

  • Déficit fonctionnel temporaire (DFT) : gêne dans les actes de la vie quotidienne pendant la période de soins
  • Déficit fonctionnel permanent (DFP/AIPP) : séquelles définitives après la consolidation, évaluées en pourcentage par le médecin expert
  • Souffrances endurées : douleurs physiques et morales subies du fait de l’accident et des soins
  • Préjudice esthétique : cicatrices, déformation, boiterie visible
  • Préjudice d’agrément : impossibilité de pratiquer des activités de loisirs ou sportives pratiquées avant l’accident
  • Préjudice sexuel : atteinte à la vie sexuelle dans ses différentes composantes
📊 Exemples de montants d'indemnisation après une chute

  • Fracture du poignet avec séquelles légères : 8 000 à 25 000 euros
  • Fracture du col du fémur chez une personne âgée : 30 000 à 80 000 euros selon la perte d’autonomie
  • Traumatisme crânien avec séquelles cognitives : 50 000 à plusieurs centaines de milliers d’euros
  • Entorse grave du genou avec opération : 15 000 à 40 000 euros

Ces montants sont indicatifs et varient en fonction de l’âge, de la profession, de la gravité des séquelles et de la durée de la convalescence. Un simulateur d’indemnisation permet d’obtenir une première estimation.

Les chutes chez les personnes âgées : des enjeux considérables

Les chutes chez les personnes âgées entraînent souvent des fractures du col du fémur dont les conséquences sont particulièrement graves : intervention chirurgicale lourde, longue rééducation, perte d’autonomie, nécessité d’une aide permanente à domicile ou placement en EHPAD. Le montant de l’indemnisation peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros, voire bien davantage en cas de perte totale d’autonomie. Les proches de la victime (enfants, conjoint) peuvent également obtenir une indemnisation au titre du préjudice d’affection.

📞 Estimer le montant de l'indemnisation

Le simulateur de victime-info.fr permet d’obtenir une première estimation gratuite des indemnités auxquelles la victime d’une chute peut prétendre.

Les démarches essentielles après une chute dans un lieu public

La qualité des démarches effectuées dans les jours et semaines suivant la chute conditionne directement le succès de la demande d’indemnisation. Voici les étapes à suivre, dans l’ordre chronologique.

1. Sur les lieux de l’accident

Les premières minutes après la chute sont déterminantes pour la collecte de preuves :

  • Appeler les secours si l’état de santé le nécessite (SAMU 15, pompiers 18)
  • Photographier et filmer les lieux sous tous les angles : le sol, l’obstacle, l’absence de signalisation, l’environnement immédiat
  • Relever l’identité des témoins : nom, prénom, numéro de téléphone. Demander s’ils accepteraient de rédiger une attestation
  • Demander la conservation des vidéos de surveillance par écrit si possible
  • Signaler l’accident au responsable du lieu (commerçant, agent municipal, gardien d’immeuble) et demander une consignation écrite
  • Ne rien signer et ne pas minimiser les blessures
⚠️ Les vidéos de surveillance : agir vite

Les vidéos de surveillance sont souvent écrasées automatiquement après quelques jours seulement. La victime ou ses proches doivent demander leur conservation par écrit (lettre recommandée ou email avec accusé de réception) dans les 24 à 48 heures suivant l’accident. En cas de refus, un avocat spécialisé peut obtenir une ordonnance de conservation auprès du juge.

2. Dans les jours suivant la chute

  • Consulter un médecin le jour même ou le lendemain pour faire constater les blessures et obtenir un certificat médical initial (CMI) détaillé décrivant toutes les lésions
  • Déposer une main courante ou porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie pour officialiser les circonstances de l’accident
  • Déclarer l’accident à son assurance (assurance habitation, GAV, mutuelle, protection juridique)
  • Adresser une lettre recommandée au responsable (commerçant, mairie, syndic) pour signaler l’accident et réserver ses droits
  • Conserver toutes les preuves : certificats médicaux, ordonnances, factures, arrêts de travail, photographies des blessures au fil de leur évolution
Le certificat médical initial : une pièce essentielle

Le certificat médical initial (CMI) est le document fondateur du dossier d’indemnisation. Il doit décrire toutes les lésions constatées, même celles qui semblent mineures. Il est recommandé de consulter les urgences ou son médecin traitant le jour même de l’accident. Un CMI incomplet ou tardif fragilise considérablement le dossier.

3. La procédure d’indemnisation

La procédure d’indemnisation après une chute suit plusieurs étapes :

  • Mise en cause du responsable : envoi d’une lettre recommandée au commerçant, à la mairie ou au syndic pour demander la prise en charge des préjudices. Des modèles de lettres sont disponibles sur victime-info.fr.
  • Déclaration à l’assureur du responsable : le responsable transmet la réclamation à son assurance de responsabilité civile
  • Expertise médicale : organisée par l’assureur ou ordonnée par le tribunal, elle évalue les blessures, les séquelles et fixe la date de consolidation
  • Offre d’indemnisation : l’assureur du responsable formule une proposition d’indemnisation
  • Négociation ou contentieux : si l’offre est insuffisante, il est possible de la contester et négocier ou de saisir le tribunal
⚠️ Ne pas accepter la première offre de l'assureur

L’expérience montre que la première offre d’indemnisation formulée par l’assureur du responsable est systématiquement sous-évaluée. Elle peut représenter à peine 30 à 50 % du montant réellement dû. Il est fortement recommandé de se faire accompagner par un avocat spécialisé en dommage corporel et un médecin conseil de victimes pour évaluer correctement les préjudices avant toute négociation.

Chute sans tiers responsable identifié : quels recours ?

Il arrive que la victime ne puisse pas identifier de tiers responsable ou que la responsabilité ne puisse être établie (chute en raison d’un malaise, d’une inattention personnelle, etc.). Dans ce cas, plusieurs recours restent possibles :

La Garantie Accidents de la Vie (GAV)

La Garantie Accidents de la Vie (GAV) est un contrat d’assurance personnelle qui couvre les accidents de la vie quotidienne, y compris les chutes, même en l’absence de tiers responsable. La plupart des contrats GAV prévoient une indemnisation dès que le taux d’incapacité permanente dépasse un certain seuil (généralement 5 % ou 30 % selon les contrats).

Vérifier ses contrats d'assurance

Beaucoup de personnes ignorent qu’elles bénéficient d’une GAV. Ce contrat est parfois inclus dans une assurance habitation, une assurance scolaire ou un contrat multirisque. Après une chute, il est essentiel de vérifier tous ses contrats d’assurance et de déclarer l’accident à chaque assureur susceptible d’intervenir.

Les autres recours possibles

  • Assurance scolaire : pour les chutes d’enfants survenues pendant le temps scolaire ou périscolaire (en savoir plus sur l’accident scolaire)
  • Prévoyance professionnelle : certains contrats de prévoyance d’entreprise couvrent les accidents corporels même en dehors du travail
  • Sécurité sociale et mutuelle : prise en charge des frais médicaux, même sans tiers responsable

L’expertise médicale : une étape décisive pour l’indemnisation

L’expertise médicale est l’étape clé qui détermine le montant de l’indemnisation. Elle intervient en général après la consolidation, c’est-à-dire le moment où l’état de santé de la victime est stabilisé et n’évolue plus de façon prévisible.

Lors de cette expertise, le médecin expert évalue :

  • La durée et l’intensité du déficit fonctionnel temporaire (classes I à IV)
  • Le taux de déficit fonctionnel permanent (séquelles définitives)
  • L’intensité des souffrances endurées sur une échelle de 0 à 7
  • Le préjudice esthétique sur une échelle de 0 à 7
  • Les besoins en assistance tierce personne
  • Le retentissement professionnel
⚠️ Se faire assister par un médecin conseil de victimes

Lors de l’expertise médicale, la victime fait face au médecin expert de l’assureur, dont la mission est de minimiser les séquelles. Il est indispensable de se faire assister par un médecin conseil de victimes, indépendant de l’assureur, qui défendra les intérêts de la personne blessée. Le coût de ce médecin conseil (en savoir plus sur les honoraires) est généralement récupérable dans l’indemnisation finale.

⚖️ Article 2226 du Code civil — Délai de prescription

En matière de dommage corporel, le délai de prescription est de 10 ans à compter de la date de consolidation des blessures (et non de la date de l’accident). Ce délai s’applique aux actions contre les personnes privées (commerçant, syndic). Pour les actions contre les collectivités publiques (commune), le délai peut être différent. La victime dispose donc de temps, mais il est recommandé d’agir sans tarder pour préserver les preuves.

Questions fréquentes sur les chutes dans les lieux publics

Questions fréquentes


La victime a glissé sur un sol mouillé dans un supermarché et s'est cassé le poignet. Le magasin est-il responsable ?

Oui, si la victime peut démontrer que le sol était anormalement glissant (flaque d’eau, produit renversé) et qu’aucune signalisation (panneau « sol glissant ») n’avait été mise en place. Le commerçant est gardien de ses locaux au sens de l’article 1242 du Code civil. Il est essentiel de disposer de preuves : photos, témoignages, vidéos de surveillance. Si la responsabilité du commerçant est établie, la victime peut obtenir l’indemnisation intégrale de ses préjudices corporels.

Une personne s'est tordu la cheville dans un nid-de-poule sur le trottoir. Peut-elle demander une indemnisation à la mairie ?

Oui, la commune a l’obligation d’entretenir normalement la voirie publique. Un nid-de-poule ou un trottoir défoncé constitue un défaut d’entretien normal de l’ouvrage public. La victime doit d’abord adresser un recours préalable indemnitaire au maire par lettre recommandée, puis, en l’absence de réponse sous 2 mois, saisir le tribunal administratif. Les photos du défaut de voirie et un certificat médical sont indispensables.

Le magasin nie toute responsabilité et prétend que la victime est tombée par sa propre faute. Que faire ?

Le commerçant ou son assureur tente souvent de rejeter la responsabilité sur la victime. C’est pourquoi la collecte de preuves immédiate est essentielle. Il est recommandé de faire appel à un avocat spécialisé en dommage corporel qui pourra mettre en demeure le commerçant, demander la communication des vidéos de surveillance et, si nécessaire, engager une procédure judiciaire. L’avocat peut également demander une expertise judiciaire pour établir les circonstances exactes de la chute.

Une personne âgée a chuté dans le parking verglacé d'un centre commercial et s'est fracturé le col du fémur. Quels sont ses droits ?

Le gestionnaire du centre commercial a l’obligation de sécuriser ses accès, y compris le parking, en cas de verglas. L’absence de salage ou de déneigement constitue un manquement à l’obligation de sécurité. La fracture du col du fémur chez une personne âgée entraîne souvent des conséquences graves (opération, rééducation longue, perte d’autonomie). L’indemnisation peut couvrir les frais médicaux, la tierce personne, le déficit fonctionnel, les souffrances endurées et peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros. Les proches peuvent aussi être indemnisés au titre du préjudice d’affection.

Quel est le délai pour agir en justice après une chute dans un lieu public ?

En matière de dommage corporel, le délai de prescription est de 10 ans à compter de la date de consolidation des blessures (article 2226 du Code civil). Ce délai s’applique aux actions contre les personnes privées. Pour les actions contre les collectivités publiques, le délai de recours contentieux est en principe de 2 mois après le rejet du recours préalable. Il est dans tous les cas recommandé d’agir le plus tôt possible pour préserver les preuves.

La victime n'a pas d'assurance GAV. Peut-elle quand même être indemnisée après une chute ?

Oui, si un tiers responsable est identifié (commerçant, commune, syndic), l’indemnisation est due par l’assureur de ce tiers, indépendamment des assurances personnelles de la victime. La GAV n’est utile que lorsqu’aucun tiers responsable ne peut être mis en cause. Par ailleurs, il convient de vérifier si une protection juridique est incluse dans un autre contrat d’assurance, ce qui permettrait de prendre en charge les frais d’avocat.


Obtenir de l’aide après une chute dans un lieu public ou un commerce

Victime d’une chute dans un magasin, sur un trottoir ou dans un lieu ouvert au public, la personne accidentée dispose de droits qu’il est important de faire valoir. Les démarches peuvent paraître complexes, notamment pour identifier le responsable, réunir les preuves et évaluer correctement les préjudices. C’est pourquoi un accompagnement par des professionnels spécialisés — avocat en dommage corporel et médecin conseil de victimes — est vivement recommandé.

Le site victime-info.fr, en partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), propose un accompagnement gratuit pour orienter les victimes dans leurs démarches d’indemnisation. Les informations indispensables sur la défense des droits des victimes et les fondamentaux de l’indemnisation corporelle sont également consultables sur le site.

📞 Besoin d'accompagnement après une chute ?

La permanence de victime-info.fr répond aux questions des victimes de chutes dans les lieux publics et commerces. Orientation gratuite vers un avocat spécialisé ou un médecin conseil de victimes.

Témoignages

Bon alors moi j’ai glissé sur une flaque d’eau dans le rayon frais d’un supermarché ya 8 mois.. résultat fracture du poignet et 3 mois d’arrêt. L’assurance du magasin m’a proposé 3500€ au début, franchement c’était une blague. Grâce a victime-info.fr j’ai compris que j’avais droit à beaucoup plus. Au final avec l’avocat j’ai obtenu presque 14000€. Faut pas lacher hein

— Martine, 67 ans, chute dans un supermarché

Moi c’est un nid de poule sur le trottoir devant chez moi, je suis tombé en promenant le chien le soir pcq ya pas d’eclairage en plus. Entorse grave du genou, opération des ligaments croisés.. j’ai envoyé un recommandé à la mairie comme expliqué sur le site, avec les photos du trottoir défoncé. La mairie a pas répondu donc j’ai saisi le tribunal administratif. C’est long mais ça avance, mon avocat dit que c’est bien parti

— Youssef, 45 ans, chute sur un trottoir

Ma fille de 11 ans a glissé dans l’escalier d’un centre commercial, la rampe était cassée et le sol mouillé. Elle s’est fait une fracture du coude.. On savait même pas qu’on pouvait demander quelque chose au centre commercial. Honnêtement sans ce site on aurait rien fait. On a contacté la permanence et ils nous ont bien orienté. Les démarches c’est pas simple mais au moins on sait qu’on a des droits

— Christelle, 39 ans, mère d'une enfant blessée