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Accident en covoiturage : qui indemnise la victime ? Guide complet des droits et démarches

Le covoiturage est devenu un mode de transport quotidien pour des millions de Français, que ce soit via des plateformes comme BlaBlaCar, Klaxit, ou pour les trajets domicile-travail entre collègues. Mais en cas d'accident de la route, la question se pose immédiatement : qui indemnise les blessés ? Le passager de covoiturage bénéficie-t-il des mêmes droits qu'un passager classique ? Le conducteur bénévole est-il protégé ? Ce guide fait le point complet sur l'indemnisation après un accident de la circulation survenu dans le cadre d'un covoiturage, qu'il s'agisse du passager ou du conducteur. Pour toute question, la victime peut contacter la permanence de victime-info.fr, partenaire de l'Association d'Aide aux Victimes de France (AVF).

Le cadre juridique du covoiturage en France

Le covoiturage est défini par l'article L3132-1 du Code des transports comme l'utilisation en commun d'un véhicule terrestre à moteur par un conducteur et un ou plusieurs passagers, effectuée à titre non onéreux, à l'exception du partage des frais de déplacement. Cette définition légale est essentielle car elle distingue clairement le covoiturage du transport professionnel rémunéré (taxi, VTC).

⚖️ Article L3132-1 du Code des transports

Le covoiturage est « l'utilisation en commun d'un véhicule terrestre à moteur par un conducteur et un ou plusieurs passagers, effectuée à titre non onéreux, excepté le partage des frais, dans le cadre d'un déplacement que le conducteur effectue pour son propre compte ».

Le point essentiel à retenir est le suivant : le covoiturage reste un déplacement en véhicule terrestre à moteur. Par conséquent, la loi Badinter du 5 juillet 1985 s'applique pleinement en cas d'accident. Le passager de covoiturage bénéficie du statut de victime protégée, au même titre que tout autre passager d'un véhicule impliqué dans un accident de la circulation.

Le covoiturage n'est pas un transport professionnel

Le fait que le conducteur partage les frais d'essence et de péage avec les passagers ne transforme pas le covoiturage en activité professionnelle de transport. La contribution financière du passager ne modifie en rien ses droits à indemnisation. La victime est protégée exactement comme un passager transporté gratuitement.

Il convient de préciser que cette protection s'applique que le covoiturage soit organisé via une plateforme en ligne (BlaBlaCar, Klaxit, Mobicoop), via un réseau d'entreprise, ou de manière informelle entre collègues ou voisins. C'est l'utilisation partagée du véhicule qui compte, pas le canal d'organisation.

Le passager de covoiturage blessé dans un accident : droits et indemnisation

La situation du passager de covoiturage est la plus simple juridiquement. En tant que victime non conductrice, la personne blessée bénéficie de la protection maximale de la loi Badinter. Que le conducteur du véhicule de covoiturage soit responsable de l'accident ou non, le passager a droit à une indemnisation intégrale de l'ensemble de ses préjudices corporels.

L'article 3 de la loi Badinter protège les passagers (victimes non conductrices) de manière quasi absolue. Ce droit ne peut être réduit ou supprimé que dans deux cas exceptionnels :

  • La faute inexcusable cause exclusive de l'accident — situation extrêmement rare pour un passager
  • La recherche volontaire du dommage — c'est-à-dire que la personne a délibérément voulu se blesser
📌 Le passager est toujours indemnisé

Le simple fait d'avoir accepté de monter dans un véhicule de covoiturage ne constitue jamais une faute. Même si le passager savait que le conducteur avait un vieux véhicule ou roulait vite, cela ne supprime pas son droit à indemnisation. La loi Badinter offre une protection quasi absolue aux passagers.

Qui indemnise le passager de covoiturage en pratique ?

L'organisme qui prend en charge l'indemnisation dépend des circonstances de l'accident :

Scénario Assureur qui indemnise le passager
Le conducteur du covoiturage est seul responsable L'assurance RC auto du conducteur de covoiturage
Un autre conducteur est responsable L'assurance RC de l'autre conducteur
Responsabilité partagée entre les deux conducteurs Les deux assurances RC solidairement (le passager est intégralement indemnisé)
Conducteur responsable non identifié FGAO
Conducteur responsable non assuré FGAO

Si un tiers est responsable de l'accident (un autre véhicule qui a grillé un feu rouge, par exemple) : c'est l'assurance responsabilité civile de ce tiers qui indemnise le passager de covoiturage. Le passager n'a aucune démarche à effectuer auprès de l'assurance du conducteur de covoiturage.

Si le conducteur de covoiturage est responsable (sortie de route, non-respect d'un stop, excès de vitesse) : c'est l'assurance responsabilité civile automobile du conducteur de covoiturage qui indemnise les passagers blessés. Le passager peut adresser sa demande directement à l'assureur du conducteur.

Si la responsabilité est partagée entre le conducteur de covoiturage et un autre véhicule : le passager est indemnisé intégralement, quel que soit le partage de responsabilité entre les deux conducteurs. Le passager n'a pas à se soucier de la question de la faute — c'est aux assureurs de régler la question entre eux.

Si le conducteur responsable n'est pas assuré ou n'est pas identifié : le passager peut saisir le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO), qui indemnise les victimes lorsque le responsable est inconnu, en fuite ou non assuré. Pour en savoir plus sur les cas de délit de fuite, une page dédiée détaille les démarches.

💡 Cas pratique : passager blessé lors d'un covoiturage BlaBlaCar

Marie, 29 ans, utilise BlaBlaCar pour rentrer chez elle un vendredi soir. Sur l'autoroute, le conducteur du covoiturage perd le contrôle du véhicule à cause de la fatigue et percute la glissière de sécurité. Marie souffre d'un traumatisme cervical et d'une fracture du poignet. En tant que passagère, Marie bénéficie de la protection totale de la loi Badinter. L'assurance RC auto du conducteur doit l'indemniser intégralement pour l'ensemble de ses préjudices : souffrances endurées, déficit fonctionnel temporaire, arrêt de travail, frais médicaux restés à charge. La responsabilité du conducteur ne change rien au droit de Marie à être indemnisée.

Le conducteur de covoiturage blessé : une situation plus complexe

La situation du conducteur de covoiturage qui est lui-même blessé dans l'accident est juridiquement plus délicate que celle du passager. En tant que conducteur, la personne est soumise à l'article 4 de la loi Badinter : sa propre faute de conduite peut réduire ou exclure son droit à indemnisation par le tiers responsable.

Lorsqu'un autre conducteur est responsable de l'accident

Si un autre véhicule est responsable de l'accident (collision causée par un tiers), le conducteur de covoiturage a droit à une indemnisation par l'assurance RC du tiers responsable. Toutefois, si le conducteur de covoiturage a lui aussi commis une faute de conduite ayant contribué à l'accident, son indemnisation peut être réduite proportionnellement à sa part de responsabilité, voire totalement exclue en cas de faute grave.

⚠️ La faute du conducteur peut réduire son indemnisation

Contrairement au passager qui est protégé de manière quasi absolue, le conducteur voit son indemnisation soumise à l'appréciation de sa propre faute. Un excès de vitesse, un défaut de ceinture, une conduite sous alcool sont autant d'éléments qui peuvent réduire ou supprimer le droit à indemnisation du conducteur. Il est essentiel de se faire accompagner par un professionnel pour défendre ses droits dans ce cas.

Lorsque le conducteur de covoiturage est seul responsable

Si le conducteur de covoiturage est le seul responsable de l'accident (sortie de route, collision par sa faute exclusive), aucun tiers n'a à l'indemniser. Son seul recours est sa propre garantie corporelle du conducteur, à condition que cette garantie ait été souscrite dans son contrat d'assurance automobile.

La garantie corporelle du conducteur est une option facultative proposée par les assureurs. Elle permet au conducteur responsable d'être indemnisé pour ses propres blessures. Sans cette garantie, le conducteur de covoiturage responsable ne perçoit aucune indemnisation pour ses préjudices corporels, même s'il est gravement blessé.

📊 Garantie corporelle du conducteur

Selon les études du secteur, environ 30 à 40 % des conducteurs français ne disposent pas de la garantie corporelle du conducteur dans leur contrat d'assurance auto. En cas d'accident responsable, ces conducteurs ne perçoivent aucune indemnisation pour leurs propres blessures.

Il est donc fortement recommandé à toute personne pratiquant le covoiturage de vérifier la présence de cette garantie dans son contrat d'assurance. Pour en savoir plus, la page dédiée à la garantie corporelle du conducteur détaille les plafonds, les franchises et les conditions habituelles de cette couverture.

L'assurance et le covoiturage : ce qu'il faut savoir

L'assurance auto classique couvre-t-elle le covoiturage ?

La réponse est oui, en principe. L'assurance responsabilité civile automobile obligatoire (assurance « au tiers ») couvre les dommages causés aux tiers, y compris aux passagers transportés dans le véhicule. Le covoiturage étant un transport à titre non onéreux — limité au simple partage des frais — il entre dans le champ de la couverture de l'assurance auto classique.

⚠️ Attention au dépassement du partage des frais

Le covoiturage ne doit pas dépasser le simple partage des frais (essence, péage, usure du véhicule). Si le conducteur réalise un bénéfice sur le transport, il bascule dans le transport rémunéré, ce qui peut poser un problème d'assurance et de qualification juridique. Les plateformes comme BlaBlaCar fixent des plafonds de prix précisément pour rester dans le cadre légal du partage de frais. Un conducteur qui fixerait des tarifs largement supérieurs au coût réel du trajet s'exposerait à une requalification en transport rémunéré non autorisé.

Concrètement, le passager blessé peut être indemnisé directement par l'assurance RC du conducteur de covoiturage, sans que l'assureur puisse opposer le fait que le véhicule transportait des passagers à titre de covoiturage. L'obligation d'assurance RC auto est d'ordre public et couvre les passagers quelles que soient les circonstances du transport.

Les garanties complémentaires proposées par les plateformes de covoiturage

Certaines plateformes de covoiturage proposent des assurances complémentaires pour les conducteurs et les passagers. Par exemple, BlaBlaCar inclut une assurance qui peut compléter les garanties du contrat auto du conducteur, notamment en cas de sinistre corporel.

Vérifier les conditions de l'assurance complémentaire

Ces assurances complémentaires ne remplacent pas l'assurance RC auto du conducteur. Elles s'ajoutent en complément. Il est important de vérifier les plafonds d'indemnisation, les exclusions et les délais de déclaration prévus par ces garanties. Le passager doit savoir que son droit à indemnisation repose avant tout sur l'assurance RC auto obligatoire du conducteur, pas sur l'assurance de la plateforme.

La responsabilité de la plateforme de covoiturage

La plateforme de covoiturage (BlaBlaCar, Klaxit, Karos, etc.) est juridiquement un intermédiaire de mise en relation. Elle n'est pas directement responsable de l'accident de la route, car elle ne conduit pas le véhicule et n'exerce aucun contrôle sur la conduite.

Toutefois, la responsabilité de la plateforme pourrait théoriquement être engagée dans certains cas particuliers :

  • Si la plateforme a manqué à ses obligations de vérification — par exemple, en laissant un conducteur proposer des trajets alors que son permis de conduire est invalide ou suspendu
  • Si la plateforme a encouragé des pratiques dangereuses — comme fixer des prix incitant à multiplier les trajets à grande vitesse
  • En cas de défaut d'information sur les garanties d'assurance applicables
💡 Cas pratique : peut-on engager la responsabilité de BlaBlaCar ?

Thomas est passager de covoiturage via BlaBlaCar. Le conducteur, dont le permis a été suspendu pour alcoolémie, provoque un accident. Thomas est gravement blessé. La question se pose : BlaBlaCar avait-elle vérifié la validité du permis du conducteur ? Si la plateforme avait mis en place un système de vérification du permis et que celui-ci a failli, la responsabilité de la plateforme pourrait être recherchée en complément de celle du conducteur. En pratique, le passager sera d'abord indemnisé par l'assurance RC du conducteur (ou par le FGAO si le conducteur n'est pas assuré), et pourra ensuite engager une action contre la plateforme si un manquement est démontré.

En pratique, la responsabilité des plateformes est rarement retenue par les tribunaux. L'indemnisation repose essentiellement sur l'assurance auto du conducteur responsable ou, à défaut, sur le FGAO.

Les préjudices indemnisables après un accident de covoiturage

Comme pour tout accident de la circulation, l'indemnisation de la victime d'un accident de covoiturage couvre l'ensemble des postes de préjudice définis par la nomenclature Dintilhac. Voici les principaux postes de préjudice :

  • Déficit fonctionnel temporaire (DFT) : indemnise la gêne dans la vie quotidienne pendant la période de soins, avant la consolidation. Pour comprendre les classes et le calcul, consulter la page sur le déficit fonctionnel temporaire
  • Souffrances endurées : indemnise les douleurs physiques et morales subies. Le barème des souffrances endurées permet d'estimer le montant
  • Préjudice esthétique : cicatrices, déformations, modifications de l'apparence
  • Pertes de gains professionnels actuels et futurs : salaires perdus pendant l'arrêt de travail et éventuelle perte de revenus futurs
  • Frais médicaux restés à charge après remboursement de la Sécurité sociale et de la mutuelle
  • Assistance par tierce personne : aide nécessaire pour les actes de la vie quotidienne pendant et après la convalescence
  • Préjudice d'agrément : impossibilité de continuer une activité sportive ou de loisir pratiquée avant l'accident
  • Incidence professionnelle : pénibilité accrue au travail, dévalorisation sur le marché de l'emploi
  • Préjudice matériel : effets personnels endommagés (téléphone, vêtements, bagages)
📊 Montants d'indemnisation : quelques ordres de grandeur

Le montant de l'indemnisation varie considérablement selon la gravité des blessures. Pour un traumatisme cervical avec 3 mois d'arrêt, l'indemnisation totale peut aller de 5 000 à 15 000 euros. Pour des blessures graves (fractures multiples, traumatisme crânien), les montants peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros, voire dépasser le million d'euros en cas de handicap lourd.

Le montant précis de l'indemnisation est déterminé après une expertise médicale qui évalue chaque poste de préjudice. Il est fortement recommandé de se faire accompagner par un médecin conseil de victimes lors de cette étape décisive.

📞 Estimer le montant de son indemnisation

Le simulateur d'indemnisation de victime-info.fr permet d'obtenir une première estimation du montant des indemnités auxquelles la victime peut prétendre, poste par poste.

Les démarches après un accident en covoiturage

Les démarches à accomplir après un accident de covoiturage sont similaires à celles de tout accident de la route, avec quelques particularités liées au contexte du covoiturage.

Les démarches pour le passager de covoiturage

  1. Appeler les secours (15 ou 112) et les forces de l'ordre (17) immédiatement après l'accident
  2. Relever les coordonnées complètes du conducteur de covoiturage : nom, adresse, numéro d'assurance, numéro de plaque d'immatriculation, et les mêmes informations pour tout autre conducteur impliqué
  3. Consulter un médecin rapidement pour obtenir un certificat médical initial décrivant les blessures constatées. Ce document est fondamental pour le dossier d'indemnisation
  4. Conserver les preuves du covoiturage : confirmation de réservation sur la plateforme, échanges de messages avec le conducteur, preuve de paiement de la participation aux frais, captures d'écran du trajet
  5. Contacter la plateforme de covoiturage pour signaler l'accident et activer les éventuelles garanties complémentaires
  6. Déclarer l'accident à sa propre assurance (assurance auto personnelle, mutuelle santé) dans les 5 jours ouvrés
  7. Demander une copie du procès-verbal de police qui sera essentiel pour déterminer les responsabilités
⚠️ Ne pas accepter la première offre de l'assureur

Après un accident de covoiturage, l'assureur du conducteur responsable va proposer une offre d'indemnisation. Cette première offre est très souvent largement inférieure à ce que la victime est en droit de recevoir. Il est vivement recommandé de ne jamais accepter cette offre sans l'avis d'un professionnel (avocat spécialisé en dommage corporel, association d'aide aux victimes). La victime dispose d'un délai pour accepter ou refuser, et peut contester et négocier l'offre d'indemnisation.

Les démarches pour le conducteur de covoiturage

  1. Remplir le constat amiable avec le ou les autres conducteurs impliqués, de manière précise et factuelle
  2. Déclarer l'accident à son assurance auto dans les 5 jours ouvrés, en mentionnant le contexte de covoiturage
  3. Consulter un médecin pour un certificat médical initial en cas de blessures
  4. Vérifier la présence de la garantie corporelle du conducteur dans son contrat d'assurance, surtout si le conducteur est responsable
  5. Informer la plateforme de covoiturage de l'accident
  6. Demander une provision si les blessures sont graves et que la période de soins risque de durer longtemps
Se faire accompagner dès le départ

La victime d'un accident de covoiturage — qu'elle soit passager ou conducteur — a tout intérêt à se faire accompagner le plus tôt possible par un professionnel de la défense des victimes : avocat spécialisé en dommage corporel, médecin conseil de victimes, ou association d'aide aux victimes. Cet accompagnement permet de sécuriser le dossier dès les premières étapes et d'éviter les erreurs qui pourraient compromettre l'indemnisation.

Cas particulier : le covoiturage domicile-travail

Le covoiturage entre collègues pour le trajet domicile-travail est une pratique très répandue. En cas d'accident survenant sur ce trajet, la situation juridique présente des particularités importantes.

Du point de vue du droit de la route, la loi Badinter s'applique normalement. Le passager blessé a droit à l'indemnisation intégrale de ses préjudices, comme pour tout autre covoiturage.

Du point de vue du droit du travail, l'accident survenu sur le trajet domicile-travail peut être qualifié d'accident de trajet, pris en charge par la Sécurité sociale au titre de la législation sur les accidents du travail. Le salarié bénéficie alors d'une prise en charge à 100 % de ses frais médicaux et d'indemnités journalières majorées.

📌 Double protection en cas de covoiturage domicile-travail

En cas d'accident de covoiturage sur le trajet domicile-travail, la victime peut bénéficier d'une double protection : l'indemnisation au titre de la loi Badinter (réparation intégrale des préjudices) ET la prise en charge au titre de l'accident de trajet par la Sécurité sociale. Ces deux régimes ne se cumulent pas intégralement (les prestations de la Sécu viennent en déduction de l'indemnisation globale), mais la victime a droit à la réparation la plus favorable.

Par ailleurs, le fait que le conducteur soit un collègue ne change rien aux droits de la victime. Même si la relation amicale ou professionnelle rend la situation délicate, le passager blessé a le droit de demander l'indemnisation de ses préjudices à l'assurance du conducteur responsable. Ce n'est pas le conducteur qui paie personnellement — c'est son assurance.

Les délais de prescription pour agir

La victime d'un accident de covoiturage ne doit pas tarder à engager ses démarches, même si les délais de prescription sont relativement longs.

⚖️ Article 2226 du Code civil

L'action en réparation du préjudice corporel se prescrit par dix ans à compter de la date de consolidation du dommage initial ou aggravé. Ce délai de 10 ans laisse un temps raisonnable pour agir, mais il est toujours préférable d'engager les démarches le plus tôt possible après l'accident.

La consolidation correspond au moment où l'état de santé de la victime se stabilise, c'est-à-dire lorsque les lésions ne sont plus susceptibles d'évoluer (ni en mieux ni en pire). C'est à partir de cette date que le délai de prescription de 10 ans commence à courir.

Pour les victimes mineures au moment de l'accident, le délai ne commence à courir qu'à partir de leur majorité. Et en cas d'aggravation du préjudice après la consolidation, un nouveau délai de 10 ans s'ouvre à compter de la date de consolidation de l'aggravation.

Que faire si le conducteur de covoiturage n'est pas assuré ?

C'est une situation malheureusement possible : la victime découvre après l'accident que le conducteur de covoiturage n'avait pas d'assurance automobile valide. Cette situation ne supprime pas le droit à indemnisation du passager.

Le FGAO (Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires de dommages) intervient précisément dans ces situations. Le FGAO indemnise les victimes d'accidents de la circulation lorsque :

  • Le responsable de l'accident n'est pas assuré
  • Le responsable de l'accident n'est pas identifié (délit de fuite)
  • L'assureur du responsable est en faillite
💡 Cas pratique : conducteur de covoiturage non assuré

Lucas, 24 ans, fait du covoiturage avec un conducteur trouvé sur une plateforme en ligne. Le conducteur provoque un accident (refus de priorité). Lucas souffre de fractures aux côtes et d'un traumatisme cervical. Il découvre ensuite que le conducteur n'avait pas d'assurance. Lucas peut saisir le FGAO pour obtenir l'indemnisation intégrale de ses préjudices corporels. La procédure est plus longue (le FGAO dispose de 3 mois pour instruire le dossier après réception de l'ensemble des pièces), mais le droit à indemnisation est garanti.

Pour saisir le FGAO, la victime doit envoyer un dossier complet comprenant le procès-verbal d'accident, le certificat médical initial, les justificatifs de préjudice et une copie de la plainte déposée. Un modèle de lettre peut aider à formaliser cette demande.

Questions fréquentes sur l'accident en covoiturage

Questions fréquentes


Le conducteur de covoiturage responsable refuse de donner ses coordonnées d'assurance. Que faire ?

La victime doit relever la plaque d'immatriculation du véhicule et déposer plainte auprès des forces de l'ordre. Avec le numéro de plaque, il est possible d'identifier l'assureur du véhicule via le fichier des véhicules assurés (FVA). Si le conducteur a été identifié via une plateforme de covoiturage, les données de la plateforme (nom, prénom, véhicule, plaque) peuvent être communiquées aux autorités. En cas d'impossibilité d'identifier l'assureur, la victime peut saisir le FGAO.


Le conducteur de covoiturage est responsable de l'accident. Son assurance peut-elle refuser d'indemniser les passagers ?

Non. L'assurance responsabilité civile automobile est d'ordre public. L'assureur ne peut pas refuser d'indemniser les passagers blessés, même si le contrat comporte des clauses restrictives. Si l'assureur invoque une exclusion de garantie (par exemple, conduite sans permis), il doit quand même indemniser les victimes et se retourner ensuite contre son assuré pour se faire rembourser. Le passager n'est jamais pénalisé par les manquements du conducteur vis-à-vis de son assureur.


La plateforme BlaBlaCar a-t-elle une assurance spécifique pour les passagers ?

BlaBlaCar propose une assurance complémentaire pour les passagers et les conducteurs, mais ses conditions varient selon les pays et les formules. En France, cette assurance complète les garanties de l'assurance RC auto du conducteur. Elle peut couvrir des postes comme l'assistance, le rapatriement, ou une indemnisation complémentaire en cas de blessure. Toutefois, le droit à indemnisation principal du passager repose sur l'assurance RC auto obligatoire du conducteur, pas sur l'assurance de BlaBlaCar.


Peut-on poursuivre un collègue qui est responsable d'un accident de covoiturage domicile-travail ?

Juridiquement, oui. Le passager blessé a le droit de demander l'indemnisation de ses préjudices à l'assurance RC auto du conducteur responsable, même si celui-ci est un collègue ou un ami. Ce n'est pas le collègue qui paie personnellement : c'est son assurance. Cette démarche est parfaitement légitime et ne devrait pas être source de culpabilité. Le passager victime n'a pas à renoncer à ses droits par amitié ou par gêne.


Le conducteur du covoiturage n'avait pas d'assurance. Comment être indemnisé ?

Si le conducteur responsable n'est pas assuré, la victime peut saisir le FGAO (Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires). Ce fonds public indemnise les victimes d'accidents de la circulation lorsque le responsable n'est pas assuré ou n'est pas identifié. La victime doit déposer un dossier complet auprès du FGAO. L'indemnisation est intégrale, mais les délais de traitement sont généralement plus longs qu'avec un assureur classique.


Quel est le délai pour demander une indemnisation après un accident de covoiturage ?

Le délai de prescription est de 10 ans à compter de la date de consolidation des blessures (article 2226 du Code civil). Toutefois, il est vivement recommandé d'engager les démarches le plus rapidement possible après l'accident pour préserver les preuves et obtenir une prise en charge rapide.


Besoin d'aide après un accident en covoiturage ?

Que la victime soit passager ou conducteur, un accident de covoiturage ouvre droit à une indemnisation des préjudices corporels subis. Le passager bénéficie de la protection quasi absolue de la loi Badinter. Le conducteur peut être indemnisé par l'assurance du tiers responsable ou, en cas de faute exclusive, par sa garantie corporelle du conducteur.

Dans tous les cas, il est essentiel de ne pas rester seul face à l'assureur. Les compagnies d'assurance disposent de moyens importants pour minimiser les indemnisations. Se faire accompagner par un professionnel de la défense des victimes permet d'obtenir une indemnisation juste et complète.

La permanence de victime-info.fr, en partenariat avec l'Association d'Aide aux Victimes de France (AVF), accompagne gratuitement les victimes dans leurs démarches d'indemnisation. Les professionnels de la permanence peuvent orienter vers un avocat spécialisé en accident de la route ou un médecin conseil de victimes.

📞 Besoin d'accompagnement après un accident de covoiturage ?

La permanence de victime-info.fr est à disposition pour répondre aux questions des victimes d'accidents de covoiturage et les orienter vers les professionnels adaptés à leur situation.

Témoignages

Bon moi j'ai eu un accident en covoiturage sur l'A6 ya 1 an et demi. Le conducteur s'est endormi au volant, on a fini dans le fossé. J'avais 2 côtes cassées et un traumatisme cervical. Au début je savais pas du tout comment faire, j'osais pas trop demander parce que c'était un mec sympa qui me rendait service quoi.. Mais en cherchant sur internet j'ai trouvé victime-info.fr et la j'ai compris que c'est l'assurance qui paye pas lui. Au final j'ai eu 12 000€ d'indemnisation alors que la première offre de l'assurance c'était 3 500€..

— Rachid, 35 ans, passager blessé en covoiturage

Franchement c'est le cauchemar quand t'es conducteur et que t'as un accident avec des passagers. Moi c'était un autre conducteur qui a grillé le stop donc c'était pas ma faute mais j'ai quand même flippé. Mes 2 passagers ont été blessés et moi aussi. Heureusement mon assurance a bien géré pour les passagers. Par contre pour moi c'est l'assurance du gars en face qui devait payer et ça a mis beaucoup plus de temps. 8 mois pour avoir une offre correcte

— Caroline, 42 ans, conductrice de covoiturage

Honnêtement j'aurais jamais pensé que ça pouvait arriver. Je covoiturais tous les jours avec un collègue pour aller au boulot et un matin il a pas vu le feu rouge.. résultat entorse cervicale et 6 semaines d'arrêt. C'était super gênant de demander l'indemnisation vu que c'est mon collègue mais on m'a bien expliqué que c'est l'assurance qui rembourse pas lui. Au final ça s'est bien passé entre nous et j'ai été correctement indemnisé. Faut pas hésiter à faire valoir ses droits même si c'est quelqu'un qu'on connait

— Julien, 27 ans, covoiturage domicile-travail

Rédigé par Valentin Papet, président de l'Association d'Aide aux Victimes de France (AVF) · Dernière mise à jour : 05/03/2026