La Commission de Conciliation et d’Indemnisation (CCI) du pôle inter-régional Nord-Est et Outre-mer, basée à Nancy, est l’organisme compétent pour traiter les demandes d’indemnisation liées à un accident médical, une erreur médicale ou une infection nosocomiale survenus dans les régions Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que dans les territoires ultramarins de Guadeloupe, Martinique et Guyane. Cette procédure amiable, gratuite et accessible sans avocat, permet à toute victime d’un dommage médical d’obtenir une indemnisation sans passer par les tribunaux. Voici toutes les informations pratiques pour contacter et saisir cette commission.
Coordonnées complètes de la CCI Nord-Est et Outre-mer (Nancy)
La CCI du pôle inter-régional Nord-Est et Outre-mer est hébergée dans des locaux mis à disposition par l’Agence Régionale de Santé (ARS). Tous les dossiers de demande d’indemnisation relevant de son ressort géographique doivent être adressés à cette adresse unique.
Adresse postale : 3 rue de Turique – BP 40340 – 54006 Nancy Cedex
Téléphone : 03 83 57 46 00
Email : lorraine@commissions-crci.fr
Horaires d’accueil : du lundi au vendredi, aux heures de bureau
Quelles régions et territoires sont couverts par cette CCI ?
Le pôle inter-régional Nord-Est et Outre-mer regroupe un vaste territoire. Il est important de vérifier que le lieu où l’acte médical a été réalisé se situe bien dans l’une des zones couvertes avant d’envoyer le dossier.
Les anciens départements et régions rattachés à cette commission sont les suivants :
- Lorraine (Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle, Vosges)
- Alsace (Bas-Rhin, Haut-Rhin)
- Champagne-Ardenne (Ardennes, Aube, Marne, Haute-Marne)
- Franche-Comté (Doubs, Jura, Haute-Saône, Territoire de Belfort)
- Guadeloupe
- Martinique
- Guyane
La CCI compétente est celle du lieu où l’acte médical à l’origine du dommage a été réalisé, et non celle du domicile de la victime. Si une personne habite Paris mais a été opérée à Strasbourg, c’est la CCI Nord-Est et Outre-mer de Nancy qui doit être saisie. Pour retrouver l’ensemble des adresses des CCI en France, une page dédiée est disponible sur le site.
Quel est le rôle de la CCI en matière d’accident médical ?
La CCI est un organisme public créé par la loi Kouchner du 4 mars 2002. Son rôle principal est de faciliter le règlement amiable des litiges entre les victimes d’accidents médicaux et les professionnels ou établissements de santé. La commission ne rend pas de jugement : elle émet un avis sur les circonstances du dommage et sur le droit à indemnisation de la victime.
La procédure devant la CCI concerne trois types de situations :
- Les accidents médicaux résultant d’un aléa thérapeutique (sans faute du médecin)
- Les fautes médicales : erreur chirurgicale, erreur de diagnostic, etc.
- Les infections nosocomiales contractées lors d’un séjour hospitalier, y compris les cas d’infection à staphylocoque doré ou d’affection iatrogène
Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d’un défaut d’un produit de santé, les professionnels de santé ne sont responsables des conséquences dommageables d’actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu’en cas de faute. Lorsque la responsabilité n’est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale lorsque les conditions de gravité sont remplies.
Conditions de recevabilité pour saisir la CCI Nord-Est
Pour que le dossier soit recevable devant la CCI, le dommage corporel subi doit atteindre un certain seuil de gravité. Ces critères sont définis par la loi et sont communs à l’ensemble des CCI (anciennement CRCI) en France.
Le dommage doit remplir au moins l’un des critères suivants :
- Un taux d’incapacité permanente (AIPP/DFP) supérieur ou égal à 24 %
- Un arrêt temporaire des activités professionnelles (ITT) d’au moins 6 mois consécutifs ou 6 mois non consécutifs sur 12 mois
- Des troubles particulièrement graves dans les conditions d’existence, y compris d’ordre économique
- Une inaptitude définitive à l’activité professionnelle exercée avant l’accident
- Le décès du patient
Si le dommage ne remplit pas les critères de gravité ci-dessus, la CCI déclarera la demande irrecevable. Dans ce cas, la victime conserve la possibilité de saisir directement le tribunal compétent (tribunal administratif pour un hôpital public, tribunal judiciaire pour un établissement privé) ou de porter plainte contre l’hôpital ou de porter plainte contre le chirurgien. La consultation d’un avocat spécialisé en droit médical est alors particulièrement recommandée.
Comment saisir la CCI Nord-Est et Outre-mer : les étapes de la procédure
La saisine de la CCI se fait par l’envoi d’un formulaire Cerfa n°12245*03 accompagné des pièces justificatives. Le dossier complet sur la saisine des commissions de conciliation et d’indemnisation CCI détaille chaque étape de cette procédure. Voici un résumé des grandes phases :
Étape 1 : Constitution du dossier
La victime doit rassembler l’ensemble des documents médicaux relatifs au dommage subi : comptes-rendus opératoires, certificats médicaux, résultats d’examens, justificatifs de frais médicaux et de perte de revenus. Il est essentiel de récupérer l’intégralité du dossier médical avant de constituer la demande.
Étape 2 : Envoi du formulaire à Nancy
Le formulaire complété et signé, accompagné de toutes les pièces, doit être envoyé en recommandé avec accusé de réception à l’adresse de la CCI Nord-Est et Outre-mer : 3 rue de Turique, BP 40340, 54006 Nancy Cedex.
Étape 3 : Expertise médicale
Si le dossier est recevable, la CCI désigne un ou plusieurs experts médicaux indépendants. L’expertise médicale constitue l’étape clé de la procédure. Elle détermine la nature et l’étendue des préjudices subis, selon la nomenclature Dintilhac.
Lors de l’expertise médicale ordonnée par la CCI, la victime a le droit de se faire accompagner par un médecin conseil indépendant qui défend ses intérêts. Cette assistance est vivement recommandée pour s’assurer que tous les préjudices sont correctement évalués. Les honoraires du médecin expert sont à la charge de la victime mais constituent un investissement souvent déterminant.
Étape 4 : Avis de la CCI
Après réception du rapport d’expertise, la commission rend un avis dans un délai de six mois à compter de la saisine. Cet avis indique si le dommage est imputable à une faute médicale (indemnisation par l’assureur du professionnel) ou à un aléa thérapeutique (indemnisation par l’ONIAM, Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux, au titre de la solidarité nationale).
Étape 5 : Offre d’indemnisation
L’assureur ou l’ONIAM dispose ensuite de quatre mois pour formuler une offre d’indemnisation. La victime est libre d’accepter ou de refuser cette offre.
Les premières offres d’indemnisation sont fréquemment sous-évaluées. Avant de signer quoi que ce soit, il est primordial de faire analyser l’offre par un professionnel (avocat spécialisé ou association d’aide aux victimes). Il est possible de contester et négocier l’offre d’indemnisation proposée.
Délais de prescription pour saisir la CCI
La victime d’un accident médical dispose d’un délai de 10 ans à compter de la date de consolidation médicale de ses blessures pour saisir la CCI. La date de consolidation correspond au moment où l’état de santé se stabilise et n’évolue plus de manière significative.
Les actions tendant à mettre en cause la responsabilité des professionnels de santé ou des établissements de santé publics ou privés à l’occasion d’actes de prévention, de diagnostic ou de soins se prescrivent par dix ans à compter de la consolidation du dommage.
La procédure complète devant la CCI dure en moyenne entre 10 et 18 mois, de la saisine initiale jusqu’à l’offre d’indemnisation. L’expertise médicale est généralement organisée dans les 4 à 6 mois suivant la recevabilité du dossier.
Les postes de préjudice indemnisables après un accident médical
Lorsque la CCI reconnaît le droit à indemnisation, l’ensemble des préjudices subis par la victime peut être pris en compte. L’évaluation se fait selon la nomenclature Dintilhac, qui distingue les préjudices temporaires (avant consolidation) et les préjudices permanents (après consolidation).
Parmi les principaux postes de préjudice :
- Le déficit fonctionnel temporaire (DFT) : gêne dans la vie quotidienne pendant la période de soins
- Les souffrances endurées (pretium doloris) : douleurs physiques et morales
- Le déficit fonctionnel permanent (DFP/AIPP) : séquelles définitives
- Le préjudice esthétique : cicatrices, altérations physiques
- Le préjudice sexuel : retentissement sur la vie intime
- Les pertes de revenus professionnels et l’incidence professionnelle
Une personne âgée de 52 ans subit une intervention chirurgicale au genou dans un hôpital de Strasbourg. Dans les semaines qui suivent, une infection nosocomiale se déclare, nécessitant plusieurs mois d’hospitalisation supplémentaire et une reprise chirurgicale. L’arrêt de travail dure 9 mois. La victime saisit la CCI Nord-Est à Nancy. L’expertise conclut à une infection nosocomiale sans faute du praticien. L’ONIAM est désigné comme payeur et propose une indemnisation couvrant le DFT, les souffrances endurées, la perte de revenus et le DFP évalué à 12 %. Après négociation avec l’aide d’un avocat, l’indemnisation totale atteint environ 65 000 euros.
Se faire accompagner pour optimiser l’indemnisation
Même si la procédure devant la CCI est gratuite et conçue pour être accessible, l’accompagnement par un professionnel du droit du dommage corporel reste un atout considérable. Un avocat spécialisé ou un médecin conseil de victimes permet de s’assurer que l’expertise médicale est complète et que tous les postes de préjudice sont correctement évalués.
Le site victime-info.fr, partenaire de l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), propose une permanence gratuite pour orienter les victimes d’accidents médicaux dans leurs démarches. Il est également possible de consulter les conseils pour se défendre face aux assureurs et aux organismes payeurs.
La permanence de victime-info.fr accompagne les victimes d’erreurs médicales, d’infections nosocomiales et d’accidents médicaux dans toute la France. L’orientation et les premiers conseils sont entièrement gratuits.
Autres CCI en France : trouver la commission compétente
Si l’acte médical n’a pas eu lieu dans le ressort de la CCI Nord-Est et Outre-mer, il convient de saisir la commission territorialement compétente. Le site propose une page regroupant l’ensemble des adresses des CCI en France, ainsi que des pages dédiées pour les autres pôles inter-régionaux :
FAQ : questions fréquentes sur la CCI Nord-Est et Outre-mer
Questions fréquentes
Quelles régions sont couvertes par la CCI Nord-Est et Outre-mer ?
La CCI de Nancy couvre les anciennes régions Lorraine, Alsace, Champagne-Ardenne et Franche-Comté, ainsi que les territoires ultramarins de Guadeloupe, Martinique et Guyane. La compétence dépend du lieu où l’acte médical a été réalisé.
La procédure devant la CCI est-elle gratuite ?
Oui, la saisine de la CCI est entièrement gratuite. La victime n’a pas besoin d’un avocat pour déposer son dossier, même si l’accompagnement par un professionnel est recommandé. L’expertise médicale ordonnée par la CCI est également prise en charge.
Quel est le délai pour saisir la CCI après un accident médical ?
Le délai de prescription est de 10 ans à compter de la date de consolidation médicale du dommage. Ce n’est pas la date de l’intervention qui compte, mais le moment où l’état de santé est considéré comme stabilisé.
Peut-on saisir la CCI si le dossier médical est incomplet ?
Il est possible de saisir la CCI même si certains éléments manquent. Cependant, un dossier complet augmente considérablement les chances de recevabilité et d’obtention d’un avis favorable. Il est conseillé de récupérer l’intégralité du dossier médical avant de déposer la demande.
Que faire si l'avis de la CCI est défavorable ?
Un avis défavorable de la CCI n’empêche pas la victime de saisir la justice. Il est possible d’engager une action devant le tribunal administratif (pour un hôpital public) ou le tribunal judiciaire (pour un établissement privé). La consultation d’un avocat spécialisé en droit médical est alors fortement recommandée.
La victime peut-elle se faire accompagner lors de l'expertise médicale ?
Oui, la victime a le droit de se faire assister par un médecin conseil de son choix et par un avocat lors de l’expertise médicale organisée par la CCI. Cette assistance permet de veiller à ce que tous les préjudices soient correctement évalués.
Témoignages
— Bernard, 58 ans, infection nosocomiale à MetzBon moi j’ai chopé une infection après une opération du dos à l’hôpital de Metz, 4 mois de galère en plus.. J’ai saisi la CCI de Nancy comme expliqué sur victime-info.fr et honnêtement ça s’est plutôt bien passé. L’expertise a été sérieuse, l’ONIAM a pris en charge mon dossier. J’ai eu une indemnisation correcte au bout d’un an et demi environ. Par contre faut être patient c’est long comme démarche
— Céline, 43 ans, erreur chirurgicale en AlsaceFranchement si j’avais su avant que ça existait la CCI j’aurais pas attendu 3 ans.. J’ai eu une erreur lors d’une intervention à Colmar, nerf sectionné, résultat des courses j’ai perdu la mobilité de 2 doigts. J’ai fini par envoyer mon dossier à Nancy et un expert a confirmé la faute du chirurgien. Son assurance m’a fait une offre ridicule au début, j’ai contesté avec l’aide d’un avocat et j’ai obtenu le triple. Moralité : ne signez jamais la premiere offre
— Jean-Marc, 67 ans, proche d'une victime décédée en MartiniqueMa femme est décédée suite à des complications post-opératoires en Martinique. On nous a dit que le dossier relevait de la CCI de Nancy vu que c’est le pole outre-mer. C’est un peu bizarre de devoir envoyer en métropole mais bon ça a fonctionné. L’association qui nous a orienté via victime-info.fr a été d’une aide précieuse dans ces moments très difficiles. Procédure longue mais au moins on a eu des réponses et une reconnaissance de la faute



