Les violences conjugales touchent chaque année des centaines de milliers de personnes en France. Qu’elles soient physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques, ces violences constituent des infractions pénales graves. La victime de violences conjugales dispose de droits spécifiques, de dispositifs de protection renforcés et de voies d’indemnisation permettant d’obtenir la réparation intégrale de ses préjudices. Ce guide complet, rédigé en partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), détaille les démarches à entreprendre, les mesures de protection existantes et les principes essentiels de l’indemnisation corporelle applicables aux violences au sein du couple.
Sommaire
- Définition et cadre juridique des violences conjugales
- Les mesures de protection d’urgence
- Dépôt de plainte et procédure pénale
- L’indemnisation des victimes de violences conjugales
- L’expertise médicale dans le cadre des violences conjugales
- Les aides disponibles pour les victimes
- Protection des enfants témoins de violences conjugales
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Définition et cadre juridique des violences conjugales
Les violences conjugales désignent l’ensemble des violences exercées au sein du couple, que les partenaires soient mariés, pacsés, concubins, ou même séparés. Le droit français considère la qualité de conjoint, concubin ou partenaire lié par un PACS comme une circonstance aggravante, ce qui alourdit considérablement les peines encourues par l’auteur des violences.
Ces violences peuvent prendre de multiples formes, souvent combinées entre elles :
- Violences physiques : coups, gifles, étranglement, brûlures, séquestration, bousculades
- Violences psychologiques : harcèlement moral, humiliations répétées, menaces, isolement social, contrôle coercitif, chantage affectif
- Violences sexuelles : viol conjugal, agressions sexuelles (le viol entre conjoints est reconnu par la loi depuis 2006)
- Violences économiques : privation de ressources financières, interdiction de travailler, contrôle des dépenses, confiscation des moyens de paiement
- Violences administratives : confiscation des documents d’identité, empêchement de démarches administratives, blocage de l’accès aux droits sociaux
La qualité de conjoint, concubin ou partenaire de PACS constitue une circonstance aggravante. Par exemple, des violences ayant entraîné une ITT de plus de 8 jours sont punies de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende (au lieu de 3 ans et 45 000 euros) lorsqu’elles sont commises par le conjoint ou ex-conjoint.
Il est essentiel de comprendre que le harcèlement moral au sein du couple est également puni par la loi, même en l’absence de violences physiques. Depuis la loi du 9 juillet 2010, le harcèlement moral dans le couple est une infraction spécifique passible de 3 à 5 ans d’emprisonnement.
Chaque année, environ 213 000 femmes sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. En 2022, 118 femmes et 21 hommes ont été tués par leur partenaire ou ex-partenaire. (Source : Ministère de l’Intérieur)
Les mesures de protection d’urgence
Lorsqu’une personne est en danger immédiat en raison de violences conjugales, plusieurs dispositifs d’urgence permettent d’assurer sa sécurité et celle de ses enfants. Il est indispensable de connaître ces recours pour agir rapidement.
Les numéros d’urgence
Plusieurs numéros permettent d’obtenir une aide immédiate et confidentielle :
- 3919 (Violences Femmes Info) : numéro national d’écoute, anonyme et gratuit, accessible 24h/24 et 7j/7
- 17 (Police / Gendarmerie) : en cas de danger immédiat
- 15 (SAMU) : en cas de blessures nécessitant des soins urgents
- 114 (par SMS) : numéro d’urgence pour les personnes qui ne peuvent pas téléphoner (présence de l’auteur, handicap auditif)
- 115 (Hébergement d’urgence) : pour obtenir un hébergement temporaire d’urgence
| Numéro | Service | Disponibilité |
|---|---|---|
| 3919 | Violences Femmes Info (écoute, conseil, orientation) | 24h/24, 7j/7, gratuit et anonyme |
| 17 | Police / Gendarmerie (urgence) | 24h/24 |
| 114 | Urgence par SMS (si vous ne pouvez pas parler) | 24h/24 |
| 116 006 | France Victimes (aide aux victimes) | 7j/7, gratuit |
Depuis 2020, toute personne victime de violences conjugales peut se rendre dans une pharmacie et demander de l’aide en utilisant le code « masque 19 ». Le pharmacien alertera alors les forces de l’ordre. Ce dispositif est particulièrement utile lorsque la victime est surveillée par l’auteur des violences.
L’ordonnance de protection
L’ordonnance de protection est une mesure judiciaire d’urgence qui peut être obtenue en 6 jours maximum auprès du juge aux affaires familiales (JAF). Elle est délivrée lorsqu’il existe des raisons sérieuses de considérer comme vraisemblables les violences et un danger pour la victime ou les enfants.
L’ordonnance de protection peut être demandée par toute personne victime de violences au sein du couple mettant en danger la victime elle-même ou un ou plusieurs enfants. Le juge aux affaires familiales doit statuer dans un délai maximal de 6 jours à compter de la fixation de la date d’audience. La durée de l’ordonnance est de 6 mois, renouvelable.
L’ordonnance de protection peut prévoir de nombreuses mesures :
- L’interdiction pour l’auteur de s’approcher de la victime, des enfants et du domicile
- L’éviction du conjoint violent du domicile conjugal
- L’attribution du logement à la victime
- La suspension ou l’aménagement du droit de visite et d’hébergement des enfants
- L’interdiction du port d’armes par l’auteur
- L’attribution du téléphone « grave danger » (TGD)
- La dissimulation de l’adresse de la victime
L’ordonnance de protection peut être obtenue sans dépôt de plainte préalable. Il suffit de justifier des violences (certificats médicaux, attestations, messages, photos, mains courantes) et du danger. La demande peut être faite par un avocat ou directement par la victime auprès du JAF. La violation de l’ordonnance par l’auteur est un délit puni de 2 ans d’emprisonnement.
Le téléphone « grave danger » (TGD)
Le TGD est un téléphone portable spécial, équipé d’un bouton d’alerte relié directement à une plateforme de télé-assistance. En cas de danger, une simple pression sur ce bouton déclenche l’intervention immédiate des forces de l’ordre avec géolocalisation de la victime.
Ce dispositif est attribué par le procureur de la République aux victimes les plus exposées, notamment celles qui bénéficient d’une ordonnance de protection ou dont l’auteur des violences fait l’objet d’un contrôle judiciaire avec interdiction de contact.
Dépôt de plainte et procédure pénale
Porter plainte est une étape importante dans le parcours de la victime de violences conjugales. Cette démarche déclenche l’action de la justice et ouvre la voie à l’indemnisation. Même si elle peut sembler difficile, elle est essentielle pour faire reconnaître les faits.
Comment et où déposer plainte ?
Plusieurs possibilités s’offrent à la victime :
- Au commissariat ou à la gendarmerie : la victime peut s’y rendre à tout moment. Depuis 2023, des policiers et gendarmes référents sont formés spécifiquement à l’accueil des victimes de violences conjugales. Le refus de prendre une plainte est interdit.
- Par courrier au procureur de la République : il est possible de déposer plainte par courrier auprès du procureur, ce qui peut être préférable pour certaines victimes.
- À l’hôpital : des dispositifs de dépôt de plainte à l’hôpital ont été mis en place dans de nombreux établissements pour faciliter la démarche des victimes blessées.
- En ligne (pré-plainte) : la pré-plainte en ligne permet de gagner du temps lors du passage au commissariat.
Avant de déposer plainte, il est fortement recommandé de préparer un plan de mise en sécurité :
- Identifier un lieu d’hébergement sûr (famille, personne de confiance, hébergement d’urgence via le 115)
- Rassembler les documents importants (pièce d’identité, livret de famille, relevés bancaires, documents des enfants)
- Préparer un sac avec le nécessaire pour quelques jours
- Prévenir une personne de confiance de la démarche
- Conserver les preuves des violences dans un endroit sécurisé (chez un proche, dans un coffre numérique)
Les preuves à rassembler
Le dossier de preuves est un élément central de la procédure. Plus les preuves sont solides, plus la victime a de chances d’obtenir la condamnation de l’auteur et une indemnisation juste. Parmi les éléments utiles :
- Certificats médicaux détaillés, mentionnant la nature et la localisation des blessures, la durée de l’ITT
- Photos des blessures datées (avec un journal ou un écran de téléphone montrant la date)
- Messages, SMS, courriels menaçants (captures d’écran)
- Attestations de témoins (voisins, famille, collègues, professionnels de santé)
- Mains courantes précédemment déposées
- Rapports d’intervention de police ou de gendarmerie
- Dossier médical retraçant les consultations liées aux violences
L’absence de preuves ne doit jamais empêcher de porter plainte. La parole de la victime a une valeur juridique. L’enquête menée par la police ou la gendarmerie pourra permettre de rassembler des éléments complémentaires (audition de témoins, exploitation de la téléphonie, expertises médicales).
La procédure pénale après le dépôt de plainte
Après le dépôt de plainte, le procureur de la République décide de la suite à donner :
- Défèrement et comparution immédiate : dans les cas les plus graves, l’auteur est présenté rapidement au tribunal
- Information judiciaire : ouverture d’une enquête approfondie confiée à un juge d’instruction
- Convocation par procès-verbal (CPPV) : l’auteur est convoqué devant le tribunal à une date ultérieure
- Composition pénale ou médiation pénale : dans les cas les moins graves (mais la médiation pénale est désormais interdite en matière de violences conjugales)
Dans tous les cas, la victime a le droit de se constituer partie civile pour demander des dommages-intérêts lors du procès pénal.
L’indemnisation des victimes de violences conjugales
La victime de violences conjugales a droit à une indemnisation intégrale de l’ensemble de ses préjudices. C’est un principe fondamental du droit du dommage corporel : chaque préjudice subi doit être réparé. Plusieurs voies d’indemnisation existent.
La constitution de partie civile au procès pénal
Lors du procès pénal de l’auteur des violences, la victime peut se constituer partie civile pour demander des dommages-intérêts pour agression couvrant l’ensemble de ses postes de préjudice. Le tribunal correctionnel (ou la cour d’assises en cas de crime) fixe alors le montant de l’indemnisation.
Marie, 38 ans, a subi pendant 3 ans des violences physiques et psychologiques de la part de son compagnon. Après avoir porté plainte, elle s’est constituée partie civile avec l’aide d’un avocat spécialisé en dommages corporels. L’expertise médicale a retenu un syndrome de stress post-traumatique (AIPP de 12 %), des souffrances endurées cotées 4/7, un déficit fonctionnel temporaire de classe 3 pendant 8 mois, et un préjudice esthétique de 1,5/7 pour les cicatrices. Marie a obtenu une indemnisation globale de 47 000 euros, incluant les frais de relogement d’urgence et ses pertes de revenus.
La saisine de la CIVI (Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions)
La CIVI est une commission spéciale qui permet d’obtenir une indemnisation intégrale financée par le Fonds de Garantie des Victimes des actes de Terrorisme et d’autres Infractions (FGTI), indépendamment de la solvabilité de l’auteur.
La victime peut saisir la CIVI dans les cas suivants :
- Les violences ont entraîné une ITT d’au moins 1 mois
- Les violences constituent un crime (viol conjugal, violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente)
- Les violences ont causé un préjudice grave
La demande auprès de la CIVI doit être déposée dans un délai de 3 ans à compter de la date de l’infraction. Si des poursuites pénales ont été engagées, le délai est prolongé à 1 an après la décision définitive de la juridiction pénale. Il est essentiel de ne pas laisser passer ces délais.
Lorsque les conditions de saisine de la CIVI ne sont pas remplies (ITT inférieure à 1 mois, par exemple), la victime peut solliciter le SARVI (Service d’Aide au Recouvrement des Victimes d’Infractions) pour obtenir le paiement des dommages-intérêts accordés par le tribunal.
Les postes de préjudice indemnisables
L’indemnisation des violences conjugales repose sur l’évaluation de chaque poste de préjudice selon la nomenclature Dintilhac. Les préjudices les plus fréquemment rencontrés dans ces situations sont :
Préjudices temporaires (avant la consolidation) :
- Déficit fonctionnel temporaire (DFT) : gêne dans les activités quotidiennes durant la période de soins
- Souffrances endurées : douleurs physiques et morales liées aux violences
- Pertes de gains professionnels actuels : arrêts de travail, perte d’emploi directement liée aux violences
- Frais divers : frais de relogement d’urgence, frais de déménagement, frais de garde d’enfants
Préjudices permanents (après la consolidation) :
- Déficit fonctionnel permanent (AIPP/DFP) : séquelles physiques et psychologiques permanentes, évaluées en pourcentage. Le simulateur AIPP permet d’obtenir une estimation.
- Préjudice esthétique permanent : cicatrices, marques visibles des violences
- Préjudice d’agrément : impossibilité ou difficulté à pratiquer certaines activités
- Incidence professionnelle : pénibilité accrue au travail, reconversion subie
- Préjudice sexuel : particulièrement pertinent dans les cas de violences sexuelles conjugales
Selon les données disponibles, l’indemnisation moyenne des victimes de violences conjugales varie considérablement selon la gravité des séquelles. Pour un syndrome de stress post-traumatique avec AIPP entre 5 % et 15 %, les montants se situent généralement entre 15 000 et 60 000 euros. Dans les cas les plus graves (mutilations, traumatismes crâniens, viols), l’indemnisation peut dépasser 100 000 euros.
La permanence de victime-info.fr peut orienter gratuitement toute victime de violences conjugales vers les bons interlocuteurs.
L’expertise médicale dans le cadre des violences conjugales
L’expertise médicale est une étape cruciale pour l’indemnisation. Elle permet d’évaluer précisément les séquelles physiques et psychologiques des violences subies. Dans le contexte des violences conjugales, cette expertise présente des spécificités importantes.
Le rôle du médecin expert
Le médecin expert judiciaire examine la victime et évalue chaque poste de préjudice. Dans le cadre des violences conjugales, il est essentiel que l’expert prenne en compte la dimension psychologique des séquelles, souvent prédominante.
Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), extrêmement fréquent chez les victimes de violences conjugales, peut être reconnu comme un préjudice permanent et donner lieu à une AIPP significative.
Lors de l’expertise médicale, la victime de violences conjugales a le droit de se faire assister par un médecin conseil de victimes (ou médecin de recours). Ce professionnel, indépendant de l’assurance, veille à ce que tous les préjudices soient correctement évalués, notamment les séquelles psychologiques qui sont parfois sous-estimées. Le déroulement de l’expertise médicale est expliqué en détail sur le site.
Les séquelles psychologiques spécifiques
Les violences conjugales engendrent des traumatismes psychologiques particuliers qui doivent être pris en compte dans l’expertise :
- Syndrome de stress post-traumatique (SSPT) : flashbacks, cauchemars, hypervigilance, évitement
- Syndrome de la femme battue : sentiment d’impuissance apprise, perte d’estime de soi
- Dépression chronique et troubles anxieux
- Troubles du sommeil et de l’alimentation
- Phobies sociales et difficultés relationnelles durables
- Emprise psychologique et ses séquelles sur l’autonomie décisionnelle
La date de consolidation — moment où l’état de la victime se stabilise — peut être particulièrement tardive dans les cas de violences conjugales en raison de la durée du processus de reconstruction psychologique. Il est important de ne pas se précipiter et de ne pas accepter une consolidation prématurée qui sous-évaluerait les séquelles.
Les aides disponibles pour les victimes de violences conjugales
De nombreux dispositifs d’aide existent pour accompagner les victimes de violences conjugales dans leur parcours de reconstruction. Il est essentiel d’en connaître l’existence pour pouvoir les mobiliser.
Hébergement et relogement
- Hébergement d’urgence (115) : numéro national permettant d’obtenir un hébergement temporaire, parfois dans des centres spécialisés pour les victimes de violences conjugales
- Centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) : structures spécialisées offrant un accompagnement global (logement, insertion professionnelle, soutien psychologique)
- Logement social prioritaire : les victimes de violences conjugales bénéficient d’un accès prioritaire au logement social (critère de priorité du DALO)
Aides financières
- Aide d’urgence du FGTI : dans les cas les plus graves, le FGTI peut verser une provision (aide d’urgence) avant même la décision de la CIVI
- Demande de provision auprès de l’assurance ou du FGTI : il est possible de demander une provision pour faire face aux besoins immédiats
- RSA et aides sociales : les victimes quittant le domicile conjugal peuvent bénéficier de droits propres, indépendamment des revenus du conjoint violent
- Aide juridictionnelle : prise en charge totale ou partielle des frais d’avocat sous conditions de ressources
Accompagnement psychologique et social
- Consultations psychologiques prises en charge (dispositif « Mon soutien psy » ou prise en charge par les associations)
- Groupes de parole pour les victimes de violences conjugales
- Assistants sociaux spécialisés
- Associations d’aide aux victimes (France Victimes, CIDFF, etc.)
Fatima, 29 ans, mère de deux enfants, a quitté le domicile conjugal après des violences répétées. Elle a d’abord été hébergée en urgence via le 115, puis orientée vers un CHRS spécialisé. Parallèlement, elle a obtenu une ordonnance de protection attribuant le domicile conjugal et suspendant le droit de visite du père. L’aide juridictionnelle a pris en charge ses frais d’avocat. Elle a saisi la CIVI et obtenu une provision de 5 000 euros en attendant l’expertise médicale définitive.
Protection des enfants témoins de violences conjugales
Depuis la loi du 30 juillet 2020, les enfants témoins de violences conjugales sont officiellement reconnus comme des victimes à part entière. Cette reconnaissance a des conséquences majeures en termes de protection et d’indemnisation.
L’article 378-2 du Code civil permet le retrait total de l’autorité parentale du parent condamné pour un crime commis sur l’autre parent. L’enfant témoin de violences conjugales est reconnu comme victime et peut à ce titre bénéficier d’une indemnisation propre, notamment au titre du préjudice d’affection et des souffrances endurées.
Les mesures de protection spécifiques aux enfants comprennent :
- Suspension ou aménagement du droit de visite et d’hébergement du parent violent dans le cadre de l’ordonnance de protection
- Retrait de l’autorité parentale en cas de condamnation pour violence grave
- Interdiction de sortie du territoire de l’enfant sans l’accord des deux parents
- Accompagnement psychologique spécialisé pour les enfants exposés aux violences
- Indemnisation propre de l’enfant en tant que victime indirecte
Il est important de noter que les enfants victimes de violences ou témoins de violences conjugales peuvent bénéficier d’une prise en charge spécifique et de droits propres en matière d’indemnisation.
Même après la séparation, le parent violent peut tenter de maintenir son emprise à travers les modalités d’exercice de l’autorité parentale (droit de visite, vacances scolaires, choix de l’école). La victime ne doit pas hésiter à demander au juge aux affaires familiales un aménagement ou une suspension du droit de visite, en s’appuyant sur les éléments de la procédure pénale. Le guide des démarches après une agression physique détaille la marche à suivre.
Les erreurs à éviter pour les victimes de violences conjugales
Dans le parcours souvent complexe qui suit des violences conjugales, certaines erreurs peuvent compromettre les chances d’obtenir une protection efficace et une indemnisation juste. Voici les pièges les plus fréquents.
- Retirer sa plainte sous pression : même si l’auteur des violences promet de changer, le retrait de plainte affaiblit considérablement le dossier. De plus, le procureur peut décider de poursuivre même en cas de retrait de plainte.
- Accepter une médiation familiale : la médiation est inappropriée et désormais interdite par la loi en cas de violences conjugales. La victime ne doit jamais se retrouver face à face avec l’auteur dans un cadre non judiciaire.
- Ne pas consulter un médecin : chaque épisode de violence doit faire l’objet d’un certificat médical, même en l’absence de blessure visible. Les violences psychologiques ont aussi des conséquences médicalement constatables.
- Sous-estimer les violences psychologiques : le harcèlement moral, les humiliations, le contrôle coercitif sont des infractions pénales à part entière et ouvrent droit à indemnisation.
- Ne pas demander d’aide : l’isolement est l’une des armes de l’auteur de violences. Se rapprocher d’une association ou de la permanence de victime-info.fr est un premier pas essentiel.
Pour connaître les premiers réflexes à avoir après un événement traumatique, la consultation de ce guide peut s’avérer utile, y compris dans le cadre de violences conjugales.
La prescription de l’action en réparation d’un dommage corporel est de 10 ans à compter de la date de consolidation du dommage initial ou aggravé. En matière pénale, le délai de prescription dépend de la qualification de l’infraction (6 ans pour un délit, 20 ans pour un crime comme le viol).
Questions fréquentes sur les violences conjugales
Questions fréquentes
Les violences psychologiques sans coups sont-elles punies par la loi ?
Oui. Depuis la loi du 9 juillet 2010, le harcèlement moral au sein du couple est un délit spécifique puni de 3 à 5 ans d’emprisonnement et de 45 000 à 75 000 euros d’amende (article 222-33-2-1 du Code pénal). Les humiliations répétées, le contrôle coercitif, l’isolement social, le chantage affectif et les menaces constituent des violences conjugales au sens de la loi. La victime peut porter plainte et demander une indemnisation même en l’absence de coups physiques. Pour en savoir plus, consulter la page sur le harcèlement moral et physique.
La victime est-elle protégée même après la séparation ?
Oui. La loi protège la victime de violences commises par un conjoint ou ex-conjoint, qu’il s’agisse d’un époux, partenaire de PACS ou concubin, y compris après la rupture. La circonstance aggravante de « conjoint » s’applique également aux ex-partenaires. Une ordonnance de protection peut être demandée et le harcèlement post-séparation (messages incessants, surveillance, menaces) constitue un délit à part entière.
Est-il possible de porter plainte sans preuves des violences ?
Oui, l’absence de preuves ne doit jamais empêcher de porter plainte. La parole de la victime est un élément à part entière du dossier. L’enquête permettra de rassembler des éléments complémentaires : audition de témoins, analyse de la téléphonie, historique médical, confrontation. Toutefois, il est recommandé de constituer un dossier de preuves au fil du temps (photos, messages, certificats médicaux, attestations de témoins) pour renforcer la plainte.
Le parent violent peut-il obtenir la garde des enfants ?
Le dépôt de plainte ne signifie pas automatiquement que la victime perdra ses droits parentaux ni que le parent violent obtiendra la garde. Au contraire, les violences conjugales sont un élément pris en compte par le juge aux affaires familiales pour statuer sur les modalités de garde. L’ordonnance de protection peut suspendre le droit de visite du parent violent. En cas de condamnation pour crime sur l’autre parent, le retrait total de l’autorité parentale est automatique.
Comment la CIVI indemnise-t-elle les victimes de violences conjugales ?
La CIVI permet d’obtenir une indemnisation intégrale financée par le FGTI, même si l’auteur des violences est insolvable. La victime doit justifier d’une ITT d’au moins 1 mois ou d’un crime (viol conjugal). L’indemnisation couvre tous les postes de préjudice de la nomenclature Dintilhac. Le dossier est instruit par le FGTI qui formule une offre d’indemnisation. En cas de désaccord, le président du tribunal judiciaire tranche.
Quel est le délai pour demander une indemnisation ?
Le délai pour saisir la CIVI est de 3 ans à compter de la date des violences (ou 1 an après la décision pénale définitive). En droit civil, le délai de prescription de l’action en réparation d’un dommage corporel est de 10 ans à compter de la consolidation (article 2226 du Code civil). Il est toutefois recommandé d’engager les démarches le plus tôt possible pour préserver les preuves et accélérer l’indemnisation.
Besoin d’aide face aux violences conjugales ?
Les violences conjugales ne sont jamais une fatalité. Le droit français offre aujourd’hui des dispositifs de protection et d’indemnisation solides. Que la victime souhaite des informations sur ses droits, un accompagnement dans ses démarches ou une orientation vers un avocat spécialisé, la permanence de victime-info.fr peut aider. En partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), l’équipe de victime-info.fr répond gratuitement et confidentiellement à toutes les questions.
La permanence de victime-info.fr oriente gratuitement les victimes de violences conjugales vers les bons interlocuteurs : avocats spécialisés, médecins conseil de victimes, associations d’aide.
Témoignages
— Aurélie, 35 ans, victime de violences conjugales pendant 5 ansBon moi ça a duré 5 ans avant que j’ose partir.. les coups, les insultes, le controle permanent. J’avais honte et je pensais que personne me croirait. C’est en lisant les infos sur victime-info.fr que j’ai compris que j’avais des droits, que je pouvais demander une ordonnance de protection sans même porter plainte. Au final j’ai eu l’ordonnance en 5 jours, il a été viré du domicile et j’ai saisi la CIVI. Mon avocate pense que je peux obtenir autour de 30 000€ d’indemnisation. Faut pas rester seule les filles
— Thomas, 42 ans, victime de violences psychologiquesHonnêtement j’ai mis du temps à réaliser que j’étais victime de violences conjugales parceque c’était pas des coups.. c’était du harcelement moral, des humiliations devant les enfants, du controle total de l’argent. Je savais même pas que c’était puni par la loi. J’ai porté plainte sur les conseils d’un ami et ça a abouti à une condamnation à 8 mois avec sursis. Si vous subissez des violences psy sachez que c’est pas normal et que la loi vous protège aussi
— Samira, 31 ans, mère de 3 enfantsFranchement le plus dur c’était la peur qu’il prenne les enfants si je portais plainte. Mais en fait c’est le contraire qui s’est passé, le juge a suspendu son droit de visite et les enfants sont suivis par un psy. On a été hébergées dans un centre spécialisé pendant 4 mois le temps de trouver un logement. J’ai trouvé le numéro du 3919 grâce à ce site et ça a changé ma vie. Merci



