La perte de l’odorat (anosmie) et la perte du goût (agueusie) figurent parmi les séquelles fréquentes mais souvent sous-estimées d’un traumatisme crânien. Ces troubles sensoriels, parfois définitifs, bouleversent le quotidien de la victime : l’alimentation devient une corvée, certains dangers (fuite de gaz, incendie) ne sont plus perçus, et le plaisir de vivre s’en trouve profondément altéré. Pourtant, l’indemnisation de ces préjudices reste mal connue des personnes concernées.
Ce guide complet explique ce que sont l’anosmie et l’agueusie post-traumatiques, comment elles sont évaluées lors de l’expertise médicale, quels postes de préjudice peuvent être mobilisés et comment obtenir une réparation intégrale du dommage corporel. Les victimes confrontées à ces séquelles invisibles trouveront ici toutes les clés pour faire valoir leurs droits.
La permanence d’aide aux victimes, en partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), répond gratuitement à toutes les questions liées à l’indemnisation de l’anosmie et de l’agueusie.
Sommaire
- Comprendre l’anosmie et l’agueusie post-traumatiques
- Causes et mécanismes après un traumatisme crânien
- Diagnostic et tests médicaux
- L’expertise médicale : étape clé de l’indemnisation
- Les postes de préjudice indemnisables
- Évaluation du taux d’AIPP et barèmes
- Montants d’indemnisation : ordres de grandeur
- Démarches pour obtenir une indemnisation juste
- Erreurs fréquentes et pièges à éviter
- FAQ
- Témoignages
Comprendre l’anosmie et l’agueusie post-traumatiques
Qu’est-ce que l’anosmie ?
L’anosmie désigne la perte totale de l’odorat. La personne touchée ne perçoit plus aucune odeur, qu’il s’agisse d’un parfum, d’un aliment ou d’une odeur de brûlé. Lorsque la perte est partielle, on parle d’hyposmie. Ces troubles peuvent être unilatéraux (un seul côté) ou bilatéraux (les deux narines).
Il existe également des formes qualitatives du trouble : la parosmie (perception déformée des odeurs) et la phantosmie (perception d’odeurs fantômes, inexistantes). Ces variantes sont tout aussi invalidantes et méritent d’être signalées lors de l’expertise.
Qu’est-ce que l’agueusie ?
L’agueusie correspond à la perte totale du goût. La victime ne distingue plus le sucré, le salé, l’amer ni l’acide. La forme partielle, appelée hypogueusie, se traduit par une diminution importante des perceptions gustatives. Dans la grande majorité des cas, l’agueusie post-traumatique est directement liée à l’anosmie, car 80 % de la perception des saveurs dépend de l’odorat.
Ce que l’on appelle communément le « goût » des aliments repose en réalité à 80 % sur l’olfaction rétronasale (les molécules aromatiques remontant vers les fosses nasales pendant la mastication). Une personne anosmique perd donc automatiquement la quasi-totalité de la richesse gustative, même si les récepteurs de la langue fonctionnent encore. Il est essentiel que le médecin expert prenne en compte cette double perte.
Pourquoi parle-t-on de séquelles « invisibles » ?
Contrairement à une fracture ou à une cicatrice, la perte d’odorat et de goût ne se voit pas. L’entourage de la victime peine souvent à mesurer l’impact réel de ces séquelles. Pourtant, les conséquences sur la qualité de vie sont considérables : perte de plaisir alimentaire, isolement social lors des repas, risques domestiques accrus, syndrome dépressif, impact sur la vie professionnelle (cuisiniers, parfumeurs, œnologues, pompiers, etc.).
Ces préjudices corporels sont souvent minimisés par les assureurs. Il est pourtant possible de les faire reconnaître et indemniser à leur juste valeur.
Causes et mécanismes après un traumatisme crânien
L’anosmie et l’agueusie post-traumatiques résultent de plusieurs mécanismes liés au traumatisme crânien (TC). La compréhension de ces mécanismes est importante pour la victime, car elle permet de mieux argumenter devant le médecin expert.
La section des filets olfactifs
Le mécanisme le plus fréquent est la section des filets olfactifs au niveau de la lame criblée de l’ethmoïde. Lors d’un choc violent à la tête, le cerveau effectue un mouvement de va-et-vient à l’intérieur de la boîte crânienne. Les minuscules fibres nerveuses qui transmettent les informations olfactives, extrêmement fragiles, se rompent au passage de la lame criblée. Ce phénomène est fréquent même dans les traumatismes crâniens dits « légers ».
Les contusions cérébrales frontales et temporales
Les zones du cerveau qui traitent les informations olfactives (cortex orbitofrontal, cortex piriforme, amygdale) peuvent être directement lésées lors d’un TC, notamment en cas de contusion frontale. La victime peut alors présenter une anosmie dite « centrale », parfois accompagnée de troubles du comportement ou de la mémoire.
Les fractures de l’étage antérieur de la base du crâne
Les fractures touchant l’étage antérieur de la base du crâne endommagent fréquemment la lame criblée et les structures olfactives voisines. Ces fractures sont souvent associées à un écoulement de liquide céphalo-rachidien par le nez (rhinorrhée), signe de gravité qui confirme l’atteinte anatomique.
Selon les études médicales, 5 à 15 % des victimes de traumatismes crâniens développent une anosmie. Ce pourcentage monte à 20-30 % pour les traumatismes crâniens sévères et les fractures de l’étage antérieur. L’anosmie est définitive dans environ 60 à 80 % des cas post-traumatiques.
Quels types d’accidents provoquent ces séquelles ?
L’anosmie et l’agueusie post-traumatiques surviennent principalement à la suite de :
- Accidents de la route : chocs frontaux, accidents de moto, collisions avec piétons — les victimes d’accident de la route non responsables peuvent être indemnisées par l’assureur du responsable
- Agressions physiques : coups au visage et à la tête — la victime peut obtenir des dommages et intérêts pour agression
- Accidents de sport : chutes, chocs au rugby, boxe, ski, VTT — consultez le guide sur l’indemnisation des accidents de sport
- Chutes domestiques et accidents de la vie courante : chute d’un escabeau, accident de bricolage, etc.
Diagnostic et tests médicaux de l’anosmie et de l’agueusie
Pour que l’anosmie et l’agueusie soient correctement indemnisées, elles doivent être objectivées par des tests médicaux reconnus. La victime doit impérativement faire réaliser ces examens avant l’expertise médicale afin de disposer de preuves solides.
Les tests olfactifs
Plusieurs tests permettent d’évaluer objectivement la fonction olfactive :
- Le test du UPSIT (University of Pennsylvania Smell Identification Test) : test de reconnaissance de 40 odeurs micro-encapsulées, référence internationale
- Le Sniffin’ Sticks Test : très utilisé en Europe, il évalue le seuil de détection, la discrimination et l’identification des odeurs
- Les potentiels évoqués olfactifs (PEO) : examen neurophysiologique qui mesure la réponse électrique du cerveau à une stimulation olfactive — cet examen est particulièrement précieux car il est objectif et difficilement simulable
Les tests gustatifs
La fonction gustative peut être évaluée par :
- La gustométrie chimique : application de solutions sucrées, salées, acides et amères à différentes concentrations sur la langue
- L’électrogustométrie : stimulation électrique des papilles gustatives pour mesurer le seuil de perception
L’imagerie médicale
L’IRM cérébrale avec séquences spécifiques (coupes fines sur les bulbes olfactifs, séquences de susceptibilité magnétique) peut mettre en évidence des lésions des bulbes olfactifs, des contusions frontales ou des micro-hémorragies compatibles avec le mécanisme traumatique.
Il est fondamental que la victime fasse réaliser un bilan olfactif et gustatif complet par un ORL spécialisé avant la date de l’expertise médicale. Se présenter à l’expertise sans ces examens expose la victime à une sous-évaluation de ses séquelles. Le médecin expert pourrait considérer que la perte n’est pas prouvée ou la minimiser.
L’expertise médicale : étape clé de l’indemnisation de l’anosmie
L’expertise médicale constitue le moment déterminant de tout le processus d’indemnisation. C’est lors de cette étape que le médecin expert évalue les séquelles, les rattache au traumatisme et les traduit en termes médico-légaux selon la nomenclature Dintilhac.
Pourquoi se faire assister par un médecin conseil de victimes ?
Lors de l’expertise médicale, la compagnie d’assurance est représentée par son propre médecin conseil, dont la mission est de limiter l’évaluation des préjudices. La victime a tout intérêt à être accompagnée par un médecin expert de recours, indépendant et spécialisé dans la défense des victimes.
Pour l’anosmie et l’agueusie, la présence d’un médecin conseil de victimes est d’autant plus cruciale que ces séquelles sont fréquemment minimisées. Le médecin de recours veillera à ce que tous les postes de préjudice concernés soient correctement évalués.
Marc, 38 ans, cuisinier de métier, est victime d’un accident de moto. Il subit un traumatisme crânien avec fracture de l’étage antérieur. Après sa convalescence, il constate qu’il ne sent plus les odeurs et que les aliments n’ont plus de goût. Lors de l’expertise médicale organisée par l’assureur, le médecin expert note simplement « anosmie » et attribue un taux d’AIPP de 5 %. Heureusement, Marc est accompagné d’un médecin conseil de victimes qui fait valoir les résultats du Sniffin’ Sticks Test (anosmie totale bilatérale confirmée), l’impact professionnel majeur (inaptitude au poste de cuisinier) et la perte du préjudice d’agrément. Le taux est finalement réévalué à 8 %, et plusieurs postes de préjudice supplémentaires sont retenus, portant l’indemnisation totale bien au-delà de la première proposition.
Ce que le médecin expert doit évaluer
Lors de l’expertise, le médecin expert doit se prononcer sur :
- La réalité de l’anosmie et/ou de l’agueusie (en s’appuyant sur les tests objectifs)
- Le lien de causalité avec le traumatisme crânien (imputabilité)
- Le caractère total ou partiel de la perte
- Le caractère définitif ou potentiellement réversible
- La date de consolidation médicale
- Le retentissement sur chaque poste de préjudice de la nomenclature Dintilhac
Les postes de préjudice indemnisables en cas d’anosmie et d’agueusie
L’indemnisation de l’anosmie et de l’agueusie post-traumatiques ne se limite pas au seul taux d’incapacité. La nomenclature Dintilhac permet de mobiliser plusieurs postes de préjudice pour garantir la réparation intégrale du dommage subi.
Le déficit fonctionnel permanent (DFP / AIPP)
Le déficit fonctionnel permanent (anciennement appelé AIPP — Atteinte à l’Intégrité Physique et Psychique) indemnise la réduction définitive du potentiel physique et sensoriel de la victime. Pour une anosmie totale, le taux habituellement retenu se situe entre 5 % et 8 %. Si l’agueusie est associée, un taux supplémentaire de 2 à 5 % peut s’ajouter.
Le simulateur d’indemnisation du préjudice AIPP permet d’obtenir une première estimation du montant correspondant.
Les souffrances endurées (pretium doloris)
Les souffrances endurées intègrent non seulement les douleurs physiques subies entre l’accident et la consolidation, mais aussi la souffrance psychologique liée à la prise de conscience de la perte sensorielle définitive. Ce poste est évalué sur une échelle de 1 à 7 et peut être consulté sur le barème des souffrances endurées.
Le préjudice d’agrément
Le préjudice d’agrément indemnise la perte de la possibilité de pratiquer des activités de loisirs que la victime exerçait avant l’accident. Pour une personne anosmique et/ou agueusique, les activités suivantes peuvent être impactées :
- La cuisine et la gastronomie (activité de loisir fréquente)
- L’œnologie, la dégustation de vins et de spiritueux
- Le jardinage (plaisir des senteurs, fleurs)
- La parfumerie
- Tout loisir impliquant l’odorat ou le goût
Le simulateur de préjudice d’agrément aide à estimer ce poste.
Le déficit fonctionnel temporaire (DFT)
Le déficit fonctionnel temporaire indemnise la gêne subie par la victime dans sa vie quotidienne entre la date de l’accident et la date de consolidation. L’anosmie et l’agueusie contribuent à cette gêne pendant toute la période d’incapacité temporaire.
Le préjudice professionnel
L’impact professionnel peut être considérable pour certains métiers. Une anosmie totale peut entraîner :
- Une inaptitude professionnelle pour les cuisiniers, pâtissiers, œnologues, parfumeurs, chimistes, pompiers, laborantins
- Une perte de gains professionnels futurs si un reclassement professionnel s’impose
- Une incidence professionnelle même pour les métiers non directement liés à l’odorat (pénibilité accrue, dévalorisation)
Le préjudice sexuel
Bien que moins souvent évoqué, le préjudice sexuel peut être concerné. L’odorat joue un rôle dans l’attraction et les relations intimes. La perte de cette dimension sensorielle peut affecter la vie de couple.
Le préjudice permanent exceptionnel
Dans certains cas particuliers (victime exerçant un métier directement lié à l’odorat comme sommelier ou « nez » en parfumerie), un préjudice permanent exceptionnel peut être invoqué. Ce poste est autonome et vient s’ajouter aux autres.
En cas d’anosmie et d’agueusie post-traumatiques, la victime peut prétendre à l’indemnisation des postes suivants :
– Déficit fonctionnel permanent (DFP/AIPP)
– Souffrances endurées
– Préjudice d’agrément (cuisine, œnologie, jardinage…)
– Déficit fonctionnel temporaire
– Préjudice professionnel (perte de gains, incidence professionnelle, inaptitude)
– Préjudice sexuel
– Préjudice permanent exceptionnel (cas particuliers)
– Frais divers (consultations ORL, tests olfactifs…)
L’addition de ces postes permet d’obtenir une indemnisation bien supérieure à celle proposée initialement par l’assureur.
Évaluation du taux d’AIPP et barèmes applicables
Le taux d’AIPP (ou DFP) attribué pour l’anosmie et l’agueusie conditionne une part importante de l’indemnisation. Ce taux est fixé en référence aux barèmes médico-légaux, mais le médecin expert dispose d’une marge d’appréciation.
Barème du Concours médical
Le barème indicatif le plus couramment utilisé en France est celui du Concours médical (barème fonctionnel indicatif des incapacités en droit commun). Il prévoit :
- Anosmie totale bilatérale : 5 à 8 % d’AIPP
- Hyposmie (perte partielle) : 2 à 5 % selon la sévérité
- Agueusie totale : 3 à 5 % (souvent cumulée partiellement avec l’anosmie)
- Parosmie / cacosmie (distorsion des odeurs) : évaluation au cas par cas, parfois plus invalidante qu’une anosmie pure
Le barème indicatif des incapacités en droit commun (Concours médical, édition révisée) évalue l’anosmie totale bilatérale entre 5 et 8 % de déficit fonctionnel permanent. Ce taux est indicatif : le médecin expert doit prendre en compte le retentissement individuel sur la vie quotidienne, professionnelle et relationnelle de la victime.
Le référentiel Mornet
Le référentiel Mornet est utilisé par les juridictions pour convertir le taux d’AIPP en montant indemnitaire. Il fixe une valeur du point en fonction de l’âge de la victime et du taux retenu. Plus la victime est jeune et plus le taux est élevé, plus l’indemnisation sera importante.
Pour un taux d’AIPP de 5 à 8 %, la valeur du point d’AIPP selon le référentiel Mornet 2022 se situe entre environ 1 100 € et 1 600 € par point pour une personne de 30 à 50 ans. Ainsi, pour une anosmie totale à 8 % chez une personne de 35 ans, le DFP seul peut représenter entre 9 000 € et 13 000 € environ.
Montants d’indemnisation de l’anosmie et de l’agueusie : ordres de grandeur
L’indemnisation globale d’une anosmie et/ou d’une agueusie post-traumatique varie considérablement en fonction de la situation personnelle et professionnelle de la victime, de l’âge, du caractère total ou partiel de la perte, et du nombre de postes de préjudice mobilisés.
Fourchettes indicatives
En cumulant l’ensemble des postes de préjudice, voici les ordres de grandeur constatés en jurisprudence :
- Anosmie isolée chez un non-professionnel : 15 000 € à 40 000 € (tous postes confondus)
- Anosmie + agueusie chez un non-professionnel : 25 000 € à 60 000 €
- Anosmie chez un professionnel de la gastronomie/parfumerie : 80 000 € à plus de 200 000 € (avec la perte de gains professionnels futurs)
Émilie, 42 ans, œnologue dans un domaine viticole du Bordelais, est victime d’un accident de la route non responsable. Suite à un traumatisme crânien, elle développe une anosmie totale définitive confirmée par les potentiels évoqués olfactifs. Postes indemnisés :
– DFP à 8 % : environ 12 000 €
– Souffrances endurées 4/7 : environ 18 000 €
– Préjudice d’agrément (cuisine, jardinage, dégustation personnelle) : 12 000 €
– Perte de gains professionnels futurs (inaptitude au poste d’œnologue, salaire annuel perdu de 42 000 €, capitalisation sur 20 ans avec coefficient de capitalisation) : environ 450 000 €
– Incidence professionnelle : 30 000 €
– Préjudice permanent exceptionnel : 15 000 €
Total : environ 537 000 €
Sans avocat ni médecin conseil de victimes, l’assureur avait initialement proposé 45 000 € tous postes confondus.
Le simulateur de victime-info.fr permet d’obtenir une première estimation de l’indemnisation en fonction des postes de préjudice retenus.
Démarches pour obtenir une indemnisation juste de l’anosmie et de l’agueusie
Le parcours d’indemnisation d’une anosmie post-traumatique suit les mêmes étapes que celui de toute indemnisation du dommage corporel, avec certaines spécificités liées au caractère « invisible » de cette séquelle.
Étape 1 : Constituer un dossier médical solide
La victime doit rassembler :
- Les comptes-rendus hospitaliers et le certificat médical initial
- Les résultats des tests olfactifs et gustatifs (Sniffin’ Sticks, UPSIT, potentiels évoqués olfactifs)
- L’IRM cérébrale avec coupes sur les bulbes olfactifs
- Les certificats de l’ORL spécialisé confirmant l’anosmie et/ou l’agueusie
- Les attestations de proches décrivant l’impact au quotidien
- Les justificatifs de l’impact professionnel (arrêts de travail, avis d’inaptitude, etc.)
Étape 2 : Se faire accompagner pour l’expertise médicale
Il est vivement recommandé de prendre un médecin expert de recours et, si possible, un avocat spécialisé en dommage corporel. L’expertise est le moment où tout se joue. Un accompagnement adapté permet de faire valoir chaque poste de préjudice.
Étape 3 : Analyser l’offre d’indemnisation de l’assureur
Après l’expertise, l’assureur formule une offre d’indemnisation. Pour les victimes d’accidents de la route, la loi Badinter impose un délai légal (voir les délais d’indemnisation accident de la route). Cette première offre est presque systématiquement insuffisante.
Les compagnies d’assurance ont une stratégie bien connue : proposer une indemnisation basse en espérant que la victime accepte rapidement, souvent par lassitude ou méconnaissance de ses droits. En matière d’anosmie et d’agueusie, les offres initiales sous-évaluent fréquemment le préjudice d’agrément, le préjudice professionnel et le DFP. Il est possible de contester et négocier l’offre de l’assureur.
Étape 4 : Négocier ou saisir la justice
Si la négociation amiable n’aboutit pas à une indemnisation satisfaisante, la victime peut saisir la justice pour obtenir la réparation intégrale de ses préjudices. Les tribunaux sont généralement plus favorables aux victimes que les assureurs, notamment pour des séquelles comme l’anosmie où le retentissement sur la qualité de vie est souvent sous-estimé en amiable.
L’action en réparation du dommage corporel se prescrit par dix ans à compter de la date de consolidation du dommage. Pour les victimes mineures au moment de l’accident, le délai ne court qu’à compter de leur majorité. Il est essentiel de ne pas laisser passer ce délai.
Erreurs fréquentes et pièges à éviter
L’indemnisation de l’anosmie et de l’agueusie post-traumatiques comporte plusieurs écueils. Connaître ces pièges permet à la victime de mieux se défendre.
Ne pas faire réaliser de tests objectifs
Certaines victimes se présentent à l’expertise en déclarant simplement « je ne sens plus rien » sans aucune preuve médicale objective. Le médecin expert de l’assureur peut alors douter de la réalité ou de la sévérité de l’atteinte. Des tests objectifs (potentiels évoqués olfactifs, Sniffin’ Sticks) sont indispensables.
Oublier le préjudice d’agrément et le préjudice professionnel
Trop de victimes se focalisent uniquement sur le taux d’AIPP, ignorant que le préjudice d’agrément et le préjudice professionnel peuvent représenter des montants bien supérieurs au DFP. Un cuisinier amateur passionné qui perd l’odorat subit un préjudice d’agrément réel et indemnisable.
Se présenter sans médecin conseil de victimes
Aller à l’expertise seul, face au médecin expert et au médecin de l’assurance, est une erreur fréquente. Le rapport de force est déséquilibré. Le médecin conseil de victimes rééquilibre cette situation.
Accepter la première offre trop rapidement
Comme mentionné, la première offre est rarement à la hauteur du préjudice réel. La patience et l’accompagnement par un professionnel sont les meilleurs atouts de la victime.
L’anosmie expose la victime à des risques quotidiens souvent ignorés lors de l’expertise : impossibilité de détecter une fuite de gaz, un aliment avarié, un début d’incendie, un produit toxique. Cette dangerosité permanente contribue au préjudice fonctionnel et doit être mentionnée lors de l’expertise et dans les conclusions du médecin conseil de victimes. Certains tribunaux ont accordé des indemnités supplémentaires au titre de ce risque.
Négliger l’impact psychologique
La perte de l’odorat et du goût entraîne fréquemment un syndrome dépressif, un repli social et une perte de joie de vivre. Si un stress post-traumatique ou un trouble psychologique est associé, il doit être diagnostiqué et pris en compte dans l’évaluation globale du préjudice.
La victime peut également contester une expertise qu’elle estime insuffisante en demandant une contre-expertise médicale.
Questions fréquentes sur l’anosmie et l’agueusie post-traumatiques
Questions fréquentes
L'anosmie post-traumatique est-elle réversible ?
Dans 60 à 80 % des cas d’anosmie post-traumatique, la perte est définitive. Lorsque les filets olfactifs sont sectionnés, la récupération est extrêmement rare. Cependant, une récupération partielle est parfois observée dans les 6 à 12 premiers mois, notamment en cas d’hyposmie. C’est pourquoi la consolidation médicale de cette séquelle n’est généralement fixée qu’après un délai de 12 à 24 mois.
Quel est le taux d'AIPP habituellement retenu pour une anosmie totale ?
Le taux d’AIPP (déficit fonctionnel permanent) pour une anosmie totale bilatérale est généralement compris entre 5 et 8 % selon le barème du Concours médical. Ce taux peut être majoré en cas d’agueusie associée (+ 2 à 5 %) ou de parosmie invalidante. Le taux retenu influence directement le montant de l’indemnisation via le référentiel Mornet.
Peut-on être indemnisé pour la perte du goût seule, sans perte d'odorat ?
Oui, l’agueusie isolée, bien que plus rare en contexte post-traumatique, constitue un préjudice indemnisable. Elle peut résulter d’une lésion directe des nerfs gustatifs (nerf facial, nerf glossopharyngien) lors du traumatisme. Un bilan gustatif complet par électrogustométrie permet de l’objectiver et de l’évaluer.
Comment prouver que l'anosmie est bien liée à l'accident et non préexistante ?
Le lien de causalité (imputabilité) est établi par plusieurs éléments : la chronologie (apparition immédiate après le traumatisme), le mécanisme compatible (traumatisme crânien avec choc frontal), les données d’imagerie (fracture de l’étage antérieur, lésion des bulbes olfactifs à l’IRM) et l’absence de pathologie ORL antérieure. Il est important de signaler la perte d’odorat dès les premiers jours suivant l’accident auprès du médecin traitant.
L'assureur peut-il refuser d'indemniser l'anosmie au motif qu'il s'agit d'un handicap 'mineur' ?
Non. Le principe de réparation intégrale du préjudice, fondamental en droit français du dommage corporel, impose que chaque séquelle soit indemnisée. L’anosmie n’est pas un handicap mineur : elle affecte la sécurité, l’alimentation, le plaisir de vivre, parfois l’emploi. Si l’assureur minimise ce préjudice, la victime peut contester l’offre et, si nécessaire, saisir un tribunal.
Quel est le délai pour agir en indemnisation de l'anosmie post-traumatique ?
Le délai de prescription est de 10 ans à compter de la date de consolidation du dommage (article 2226 du Code civil). La consolidation de l’anosmie est généralement fixée entre 12 et 24 mois après l’accident. Il est toutefois recommandé de ne pas attendre et d’engager les démarches dès que possible.
Conclusion : faire reconnaître et indemniser la perte d’odorat et de goût
L’anosmie et l’agueusie post-traumatiques constituent des séquelles lourdes qui méritent une indemnisation à la hauteur du préjudice réellement subi. La victime ne doit pas se contenter d’un taux d’AIPP et d’une offre minimale de l’assureur. En mobilisant l’ensemble des postes de la nomenclature Dintilhac, en se faisant accompagner par un médecin conseil de victimes et un avocat spécialisé, et en documentant rigoureusement ses séquelles par des tests objectifs, il est possible d’obtenir une réparation intégrale.
Le site victime-info.fr, en partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), accompagne gratuitement les personnes victimes d’anosmie et d’agueusie post-traumatiques dans la compréhension de leurs droits et dans leurs démarches d’indemnisation.
La permanence d’aide aux victimes répond gratuitement à toutes les questions sur l’indemnisation de l’anosmie et de l’agueusie post-traumatiques. Un accompagnement personnalisé est proposé pour chaque étape du parcours d’indemnisation.
Témoignages
— Laurent, 45 ans, accident de voitureBon alors moi ca fait 3 ans que j’ai perdu l’odorat suite à un accident de voiture, traumatisme cranien frontal. Au debut l’assurance m’a proposé genre 8000€ en me disant que c’était pas si grave.. heureusement j’ai trouvé victime-info.fr qui m’a expliqué que je pouvais prétendre au prejudice d’agrément, aux souffrances endurées etc. J’ai pris un médecin de recours pour l’expertise et au final j’ai obtenu 32000€. C’est pas le pérou mais c’est quand meme 4 fois plus que la premiere offre. Pour info moi aussi je pensais que c’était « pas si grave » mais en fait au quotidien c’est vraiment dur, les repas c’est plus pareil, tu sens plus rien, même le café le matin ca a plus de gout…
— Amina, 29 ans, agression dans la rueFranchement je savais meme pas que la perte d’odorat pouvait etre indemnisée. J’ai été agressée ya 2 ans, un coup violent au visage, fracture du nez et depuis anosmie totale confirmée par l’ORL. Mon avocate a insisté pour faire les tests (un truc avec des batons a sentir la) et c’est ce qui a fait la différence à l’expertise. On a aussi fait valoir que je faisais beaucoup de patisserie comme loisir et que c’est foutu maintenant. Le dossier est toujours en cours mais je voulais dire aux gens de pas abandonner et de bien se préparer avant l’expertise
— Philippe, 53 ans, papa d'un jeune cuisinier accidentéMon fils de 24 ans est cuisinier, il a eu un accident de scooter il y a 1 an et demi. Traumatisme cranien et depuis il ne sent plus rien, ni odeurs ni gouts. Pour un cuisinier c’est la fin de la carrière tout simplement. L’assurance du responsable lui a proposé 25000€ pour tout, on a refusé bien sur. Grace aux conseils trouvés sur ce site on a pris un avocat spécialisé et un medecin conseil. L’affaire est au tribunal maintenant mais l’avocat nous dit qu’on peut esperer beaucoup plus vu l’impact sur sa carriere. Courage à toutes les victimes dans cette situation



