En matière de dommage corporel, le temps joue un rôle juridique déterminant. La prescription est le mécanisme par lequel une victime perd son droit d’agir en justice pour obtenir réparation de ses préjudices, une fois un certain délai écoulé. Ignorer ces délais, c’est risquer de se retrouver privé de toute indemnisation, même lorsque les séquelles sont graves et parfaitement documentées.
Ce guide détaille l’ensemble des délais de prescription applicables selon les situations : accident de la route, accident médical, agression, accident du travail ou encore accident de la vie courante. Il explique aussi les mécanismes d’interruption et de suspension qui permettent de préserver ses droits, ainsi que les cas particuliers comme l’aggravation ou la minorité de la victime. En cas de doute, la permanence de victime-info.fr peut orienter gratuitement toute personne concernée.
Le principe général : la prescription décennale en dommage corporel
Depuis la réforme de la prescription civile par la loi du 17 juin 2008, le droit français accorde aux victimes de dommages corporels un délai de prescription plus long que celui applicable aux autres types de litiges civils. Ce régime protecteur est fixé par l’article 2226 du Code civil.
L’action en responsabilité née à raison d’un événement ayant entraîné un dommage corporel, engagée par la victime directe ou indirecte des préjudices qui en résultent, se prescrit par dix ans à compter de la date de la consolidation du dommage initial ou aggravé.
Concrètement, cela signifie que toute victime d’un accident ou d’une agression ayant entraîné des blessures dispose de 10 ans pour engager une action en justice ou formuler une demande d’indemnisation. Ce délai ne commence pas à courir le jour de l’accident, mais à compter de la date de consolidation, c’est-à-dire le moment où l’état de santé est considéré comme stabilisé.
Cette règle est d’ordre public. Cela signifie qu’aucun contrat, aucune clause de police d’assurance, aucune convention ne peut réduire ce délai. Si un assureur tente d’invoquer un délai plus court pour un dommage corporel, cette prétention est juridiquement nulle.
- Le délai de prescription en dommage corporel est de 10 ans
- Ce délai court à compter de la consolidation, pas de la date de l’accident
- Tant que la consolidation n’est pas acquise, le délai ne commence pas à courir
- Cette règle est d’ordre public : elle ne peut être réduite par contrat
- En cas d’aggravation, un nouveau délai de 10 ans s’ouvre
Le point de départ du délai : la notion de consolidation
La consolidation est une notion médico-légale centrale en matière de dommage corporel. Elle correspond au moment où l’état de santé de la victime est considéré comme stabilisé, c’est-à-dire qu’il n’est plus susceptible d’évoluer de manière significative, en bien ou en mal, avec les traitements en cours.
La date de consolidation est généralement fixée par le médecin expert lors de l’expertise médicale. C’est une étape déterminante car elle conditionne non seulement le point de départ de la prescription, mais aussi le calcul de l’ensemble des postes de préjudice.
La consolidation ne veut pas dire que la victime est guérie. Elle peut conserver des séquelles permanentes (douleurs chroniques, handicap, déficit fonctionnel). Elle signifie simplement que l’état médical ne devrait plus évoluer significativement. C’est pourquoi il est essentiel de ne pas confondre consolidation et guérison. Un médecin expert indépendant peut aider à fixer cette date de manière juste.
Un motocycliste est victime d’un accident de la circulation en mars 2018. Il subit de multiples fractures et doit subir plusieurs interventions chirurgicales sur trois ans. Le médecin expert fixe la date de consolidation en septembre 2021. Le délai de prescription de 10 ans ne commence donc à courir qu’à partir de septembre 2021, et la victime a jusqu’en septembre 2031 pour agir en justice. Sans consolidation fixée, le délai n’aurait même pas commencé à courir.
Les délais spéciaux selon le type d’accident
Si le principe général est un délai de 10 ans à compter de la consolidation, certaines situations obéissent à des règles spécifiques qu’il est indispensable de connaître.
Accidents de la circulation (loi Badinter)
En matière d’accidents de la circulation, c’est le droit commun de la prescription décennale (article 2226 du Code civil) qui s’applique. Le délai est donc de 10 ans à compter de la consolidation.
Toutefois, la loi Badinter du 5 juillet 1985 impose à l’assureur du responsable des obligations strictes en matière de délais :
- L’assureur doit présenter une offre d’indemnisation dans les 8 mois suivant l’accident
- Si la consolidation intervient après ce délai, l’offre définitive doit être formulée dans les 5 mois suivant la consolidation
- En cas de non-respect de ces délais, l’assureur s’expose au doublement des intérêts au taux légal sur les sommes dues
Le délai de 8 mois imposé à l’assureur pour faire une offre n’est pas un délai de prescription. C’est une obligation pesant sur l’assureur. La prescription, elle, est le délai dont dispose la victime pour agir. Ce sont deux notions distinctes. L’assureur peut très bien faire une offre tardive : cela n’empêche pas la victime d’agir en justice tant que la prescription n’est pas acquise.
Pour les victimes d’un accident de moto ou d’un accident de bus, les mêmes règles s’appliquent. En cas de délit de fuite, la victime peut saisir le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO), mais doit toujours respecter les délais de prescription.
Responsabilité médicale et accidents médicaux
En matière de responsabilité médicale, la prescription est également de 10 ans à compter de la consolidation. Ce délai est expressément prévu par l’article L1142-28 du Code de la santé publique.
Les actions tendant à mettre en cause la responsabilité des professionnels de santé ou des établissements de santé publics ou privés à l’occasion d’actes de prévention, de diagnostic ou de soins se prescrivent par dix ans à compter de la consolidation du dommage.
Ce délai s’applique :
- Aux actions contre les médecins et professionnels de santé libéraux
- Aux actions contre les établissements de santé (cliniques privées et hôpitaux publics)
- Aux actions contre les producteurs de produits de santé (prothèses défectueuses, dispositifs médicaux)
- Aux demandes devant les CCI (Commissions de Conciliation et d’Indemnisation)
Pour les victimes d’une infection nosocomiale ou d’une faute médicale, la consolidation peut intervenir plusieurs années après l’événement dommageable, ce qui repousse d’autant le point de départ de la prescription.
Infractions pénales (agressions, violences, coups et blessures)
Lorsque le dommage corporel résulte d’une infraction pénale — agression, coups et blessures volontaires, blessures involontaires, violences conjugales — la victime dispose de deux voies d’action, chacune soumise à un délai distinct :
- Action devant la juridiction pénale (en se constituant partie civile) : le délai est celui de la prescription de l’action publique, soit 6 ans pour un délit et 20 ans pour un crime, à compter de la date des faits
- Action devant la juridiction civile : le délai est de 10 ans à compter de la consolidation
En matière pénale, la prescription de l’action publique peut être beaucoup plus courte que la prescription civile. Pour un délit de coups et blessures, la prescription pénale est de 6 ans à compter des faits. Si la victime souhaite porter plainte et se constituer partie civile au pénal, elle doit agir rapidement. En revanche, l’action civile en indemnisation reste ouverte pendant 10 ans après la consolidation.
Pour les victimes d’agression sur le lieu de travail ou de violences policières, il est vivement recommandé de faire vérifier les délais par un avocat spécialisé en dommages corporels.
6 ans pour les délits (coups et blessures, blessures involontaires) et 20 ans pour les crimes (tentative de meurtre, violences ayant entraîné la mort). Ces délais courent à compter de la date des faits, et non de la consolidation.
Accidents du travail et maladies professionnelles
Le régime des accidents du travail obéit à des règles spécifiques de prescription, plus courtes que le droit commun pour certaines actions :
- Action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur : prescription de 2 ans à compter de la date de l’accident, de la cessation du paiement des indemnités journalières, ou de la reconnaissance de la maladie professionnelle (article L431-2 du Code de la sécurité sociale)
- Action en responsabilité civile contre un tiers (autre que l’employeur) : prescription de 10 ans à compter de la consolidation
Le délai de 2 ans pour engager une action en faute inexcusable de l’employeur est très court. Il est impératif de consulter un avocat rapidement après un accident du travail grave afin de ne pas laisser passer cette possibilité. La faute inexcusable permet d’obtenir une majoration de la rente et l’indemnisation de préjudices complémentaires (souffrances endurées, déficit fonctionnel temporaire, préjudice d’agrément, etc.).
Accidents de la vie courante
Pour les accidents de la vie courante (chute dans un magasin, accident domestique, accident scolaire, accident de chasse), la prescription décennale de l’article 2226 du Code civil s’applique : 10 ans à compter de la consolidation.
Toutefois, si la victime est couverte par un contrat de Garantie Accidents de la Vie (GAV), les conditions générales du contrat peuvent prévoir des délais de déclaration plus courts. Il convient de déclarer le sinistre à son assureur dans les meilleurs délais pour ne pas compromettre la prise en charge contractuelle. L’indemnisation au titre d’un contrat GAV obéit à ses propres règles, distinctes de l’action en responsabilité civile.
Responsabilité de l’administration (droit public)
Lorsque le responsable du dommage est une personne publique (hôpital public, commune, État, département), le dommage corporel bénéficie également de la prescription de 10 ans à compter de la consolidation. L’action doit être portée devant le tribunal administratif compétent.
Il est important de noter que le recours préalable obligatoire (demande indemnitaire préalable adressée à l’administration) interrompt la prescription et fait courir un nouveau délai.
Tableau récapitulatif des délais de prescription
Le tableau ci-dessous synthétise les principaux délais de prescription applicables selon le type de situation :
| Type de dommage / procédure | Délai | Point de départ |
|---|---|---|
| Dommage corporel (droit commun) | 10 ans | Consolidation |
| Accident de la circulation | 10 ans | Consolidation |
| Responsabilité médicale | 10 ans | Consolidation |
| Faute inexcusable de l’employeur | 2 ans | Accident ou fin des IJ |
| Action pénale (délit) | 6 ans | Faits |
| Action pénale (crime) | 20 ans | Faits |
| Saisine du FGAO | 3 ans | Accident |
| Saisine de la CIVI | 3 ans | Faits (ou décision pénale définitive) |
| Type de situation | Délai de prescription | Point de départ |
|---|---|---|
| Droit commun (dommage corporel) | 10 ans | Consolidation |
| Accident de la circulation | 10 ans | Consolidation |
| Responsabilité médicale | 10 ans | Consolidation |
| Infraction pénale (délit) | 6 ans (pénal) / 10 ans (civil) | Date des faits (pénal) / Consolidation (civil) |
| Infraction pénale (crime) | 20 ans (pénal) / 10 ans (civil) | Date des faits (pénal) / Consolidation (civil) |
| Faute inexcusable (employeur) | 2 ans | Accident, fin des IJ ou reconnaissance MP |
| Action contre un tiers (accident du travail) | 10 ans | Consolidation |
| Responsabilité administration | 10 ans | Consolidation |
| CIVI (indemnisation par l’État) | 3 ans (à compter des faits) ou 1 an après décision pénale définitive | Faits ou décision pénale |
La Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions (CIVI) peut être saisie dans un délai de 3 ans à compter de la date des faits. Si une décision pénale est intervenue, le délai est réduit à 1 an après la décision définitive. Passé ce délai, la demande est irrecevable, sauf cas exceptionnels (motif légitime). Il est donc crucial pour toute victime d’infraction de surveiller ce calendrier.
Interruption et suspension de la prescription
Le délai de prescription n’est pas toujours un compte à rebours rigide et inéluctable. Le droit français prévoit des mécanismes permettant de l’interrompre (le délai repart à zéro) ou de le suspendre (le délai est « gelé » temporairement). Connaître ces mécanismes est essentiel pour préserver ses droits.
Causes d’interruption (le délai repart à zéro)
L’interruption de la prescription entraîne l’effacement du délai déjà écoulé. Un nouveau délai de 10 ans recommence à courir à compter de l’acte interruptif. Les principales causes d’interruption sont :
- Une assignation en justice, y compris en référé (par exemple, une demande de référé-provision)
- Une reconnaissance de responsabilité par le débiteur ou son assureur (une offre d’indemnisation de l’assureur vaut reconnaissance de dette)
- Un acte d’exécution forcée ou une mesure conservatoire prise en justice
- La saisine d’un médiateur ou d’un conciliateur de justice
Une victime d’accident de la route est consolidée en janvier 2016. En décembre 2025, soit presque 10 ans après, elle saisit le tribunal en référé pour obtenir une provision. Cette assignation interrompt la prescription. Un nouveau délai de 10 ans recommence à courir à compter de cette date, soit jusqu’en décembre 2035. La victime a gagné un temps précieux.
Causes de suspension (le délai est « gelé »)
La suspension fige le décompte du délai pendant toute la durée de la cause suspensive. Une fois la cause disparue, le délai reprend là où il s’était arrêté. Les principales causes de suspension sont :
- La minorité de la victime : la prescription ne court pas contre les mineurs non émancipés. Le délai ne commence qu’au jour de la majorité (18 ans)
- L’incapacité juridique : si la victime est placée sous tutelle ou curatelle, la prescription est suspendue pendant la durée de la mesure de protection
- Les négociations amiables caractérisées : la jurisprudence admet que des pourparlers sérieux et documentés avec l’assureur peuvent suspendre le cours de la prescription
- La force majeure : un événement imprévisible et irrésistible empêchant d’agir
Si un enfant mineur est victime d’un accident, le délai de prescription ne commence à courir qu’à ses 18 ans (indépendamment de la date de consolidation). Par exemple, un enfant blessé à 8 ans et consolidé à 10 ans ne verra son délai de prescription commencer qu’à ses 18 ans. Il disposera alors de 10 ans, soit jusqu’à ses 28 ans, pour agir en justice.
Si la jurisprudence reconnaît que des négociations amiables sérieuses et caractérisées peuvent suspendre la prescription, cette protection reste fragile. En l’absence de preuve écrite de ces négociations, ou si l’assureur conteste leur caractère sérieux, le juge peut refuser d’admettre la suspension. Il est donc vivement recommandé de ne jamais compter uniquement sur cette possibilité et de surveiller activement les délais. Une procédure judiciaire peut toujours être engagée en parallèle des négociations amiables.
Le cas particulier de l’aggravation
L’aggravation est une situation fréquente en dommage corporel. Après avoir été indemnisé et consolidé une première fois, l’état de santé de la victime peut se dégrader, en lien direct avec l’accident initial. Cette aggravation ouvre de nouveaux droits.
En cas d’aggravation du dommage, un nouveau délai de 10 ans court à compter de la date de consolidation de l’aggravation. Ce nouveau délai est indépendant de celui qui avait couru pour le dommage initial.
Cela signifie concrètement que même si la victime a été indemnisée il y a 15, 20 ou 30 ans, une aggravation de son état en lien avec l’accident initial ouvre un nouveau droit à indemnisation complémentaire. L’aggravation peut être physique (apparition de nouvelles douleurs, nécessité d’une nouvelle chirurgie, évolution d’une arthrose post-traumatique) ou psychologique (syndrome de stress post-traumatique tardif, dépression réactionnelle).
Une victime est consolidée en 2010 après un accident de la circulation. Elle perçoit son indemnisation en 2012. En 2022, elle développe une arthrose sévère au genou droit, directement liée aux fractures subies lors de l’accident. Le médecin fixe la consolidation de cette aggravation en 2023. Un nouveau délai de 10 ans court donc jusqu’en 2033. La victime peut demander une indemnisation complémentaire pour cette aggravation. Le simulateur d’indemnisation de victime-info.fr permet d’estimer les montants en jeu.
En prévision d’une éventuelle aggravation, toute victime doit conserver l’intégralité de son dossier : rapports d’expertise médicale, protocole transactionnel, courriers de l’assureur, imagerie médicale, comptes rendus opératoires. Ces documents seront indispensables pour établir le lien entre l’aggravation et l’accident initial, parfois des années plus tard. Consulter les modèles de lettres disponibles sur victime-info.fr peut aider à formaliser les démarches.
Conséquences de la prescription acquise
Lorsque le délai de prescription est dépassé sans qu’aucune action n’ait été engagée ni aucun acte interruptif accompli, la conséquence est définitive et irréversible.
Lorsque la prescription est acquise, la victime perd définitivement son droit d’agir en justice. Elle ne peut plus demander l’indemnisation de ses préjudices, même si ceux-ci sont parfaitement établis et médicalement documentés. La prescription est un moyen de défense que l’assureur ou le responsable ne manquera pas d’invoquer si la victime agit trop tard. Le juge ne peut pas relever d’office la prescription, mais dès lors qu’elle est invoquée par l’adversaire, la demande est déclarée irrecevable.
Il est important de préciser que :
- La prescription ne s’applique pas d’office : c’est au défendeur (assureur, responsable) de l’invoquer
- Si le défendeur ne soulève pas la prescription, le juge ne peut pas le faire à sa place
- En pratique, les compagnies d’assurance invoquent systématiquement la prescription lorsqu’elles en ont la possibilité
- La prescription s’applique à tous les postes de préjudice, qu’ils soient patrimoniaux ou extrapatrimoniaux
Selon les professionnels du dommage corporel, de nombreuses victimes perdent chaque année leur droit à indemnisation faute d’avoir agi dans les délais. C’est pourquoi il est recommandé de consulter un avocat spécialisé dès que possible après un accident, et en tout cas bien avant l’approche du délai de prescription.
Les erreurs les plus fréquentes des victimes
Certaines erreurs reviennent régulièrement et peuvent avoir des conséquences dramatiques en matière de prescription :
Croire que la prescription court à compter de l’accident
C’est l’erreur la plus courante. La prescription court à compter de la consolidation, pas de l’accident. Cette confusion peut conduire une victime à agir prématurément (ce qui n’est pas grave en soi) ou, à l’inverse, à penser qu’il est trop tard alors que le délai n’a pas encore commencé à courir.
Confondre les délais de déclaration et la prescription
Les contrats d’assurance prévoient souvent des délais de déclaration de sinistre (5 jours, 2 mois, etc.). Le non-respect de ces délais peut entraîner la déchéance de la garantie contractuelle, mais n’affecte pas la prescription de l’action en responsabilité civile. Ce sont deux choses distinctes.
Se fier aux négociations amiables sans agir en justice
Beaucoup de victimes échangent pendant des années avec l’assureur sans jamais engager d’action en justice. Si les négociations échouent et que le délai de prescription est dépassé, la victime peut se retrouver sans recours. Il est prudent d’engager une action en justice (même un simple référé) pour interrompre la prescription, tout en poursuivant les négociations amiables. La transaction amiable peut ensuite intervenir à tout moment.
En cas de doute sur les délais de prescription applicables, il est essentiel de consulter rapidement un professionnel. La permanence de victime-info.fr, en partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), oriente gratuitement les victimes vers les bons interlocuteurs.
Négliger le délai de 2 ans pour la faute inexcusable
En matière d’accident du travail, le délai de 2 ans pour engager une action en faute inexcusable est particulièrement piégeux. De nombreuses victimes ne prennent conscience de cette possibilité qu’après l’expiration du délai, ce qui les prive d’une indemnisation souvent substantielle.
Ne pas anticiper l’aggravation
Certaines victimes acceptent une indemnisation globale et définitive sans réserver expressément l’aggravation dans le protocole transactionnel. Si la quittance transactionnelle est rédigée en termes généraux (« indemnisation de tous les préjudices, présents et futurs »), il peut être difficile de rouvrir le dossier en cas d’aggravation. La contestation d’une indemnisation est possible mais complexe.
Questions fréquentes sur les délais de prescription en dommage corporel
Questions fréquentes
Mon accident date de plus de 10 ans, est-il trop tard pour demander une indemnisation ?
Pas nécessairement. Le délai de prescription de 10 ans ne court pas à compter de la date de l’accident, mais à compter de la date de consolidation. Si la consolidation est intervenue récemment, le délai n’est peut-être pas encore expiré. De même, si des actes interruptifs ont eu lieu (assignation, reconnaissance de responsabilité), le délai a pu être renouvelé. Il est recommandé de faire vérifier sa situation par un avocat spécialisé ou de contacter la permanence de victime-info.fr.
Mon enfant mineur a été victime d'un accident. Quel est le délai de prescription ?
La prescription ne court pas contre les mineurs non émancipés. Le délai de 10 ans ne commencera à courir qu’à la majorité de l’enfant (18 ans), et ce indépendamment de la date de consolidation. L’enfant disposera donc de 10 ans à compter de ses 18 ans pour agir, soit jusqu’à ses 28 ans. Pour les accidents scolaires, les mêmes règles s’appliquent.
Les négociations amiables avec l'assureur interrompent-elles la prescription ?
La jurisprudence admet que des négociations amiables sérieuses et documentées peuvent suspendre (et non interrompre) la prescription. Toutefois, cette suspension est appréciée au cas par cas par les tribunaux. Pour plus de sécurité, il est vivement recommandé d’engager une action en justice (même un référé-provision) afin d’interrompre formellement la prescription, tout en poursuivant les négociations amiables.
J'ai été indemnisé mais mon état de santé s'aggrave. Puis-je agir de nouveau ?
Oui. En cas d’aggravation en lien avec l’accident initial, un nouveau délai de 10 ans court à compter de la consolidation de l’aggravation. La victime peut demander une indemnisation complémentaire pour les nouveaux préjudices. Il est essentiel de conserver l’ensemble du dossier initial (rapports d’expertise, protocole transactionnel, courriers) pour faciliter les démarches. Le simulateur de victime-info.fr peut aider à estimer les montants.
Quel est le délai pour saisir la CIVI après une agression ?
La Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions (CIVI) doit être saisie dans un délai de 3 ans à compter de la date des faits. Si une décision de justice pénale est intervenue, le délai est réduit à 1 an après la décision pénale définitive. Un motif légitime peut toutefois permettre un relevé de forclusion dans certains cas exceptionnels. Pour les victimes d’agression, il est donc crucial d’agir rapidement.
Peut-on contester une indemnisation acceptée il y a longtemps ?
En principe, la signature d’une quittance transactionnelle rend l’accord définitif et interdit de revenir dessus (sauf vices du consentement : dol, erreur, violence). Cependant, l’aggravation constitue un fait nouveau qui ouvre un droit à indemnisation complémentaire, indépendamment de la quittance. La contestation d’une offre d’assurance est possible dans certaines conditions, notamment si le protocole a été signé sans l’assistance d’un avocat.
Conclusion : ne jamais négliger les délais de prescription
Les délais de prescription en dommage corporel sont une réalité juridique incontournable. Même si le délai de droit commun de 10 ans peut sembler long, il peut être vite dépassé, surtout lorsque la victime se concentre sur sa guérison et repousse les démarches juridiques. Les délais spéciaux — 2 ans pour la faute inexcusable, 3 ans pour la CIVI, 6 ans pour l’action pénale — sont encore plus piégeux.
Toute victime de dommage corporel a intérêt à faire vérifier sa situation par un professionnel le plus tôt possible. Il est possible de consulter un avocat spécialisé en dommages corporels ou un médecin conseil de victimes pour évaluer la situation et engager les démarches dans les temps. Le site victime-info.fr, partenaire de l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), propose une permanence gratuite d’information et d’orientation.
La permanence de victime-info.fr oriente gratuitement les victimes et leurs proches vers les professionnels compétents (avocats spécialisés, médecins conseils indépendants). Ne laissez pas passer les délais.
Témoignages
— Marc, 52 ans, accident du travailBon honnêtement j’ai failli tout perdre.. mon accident du travail date de 2019 et je savais même pas qu’il y avait un délai de 2 ans pour la faute inexcusable. J’ai découvert ça sur victime-info.fr à peine 3 mois avant la fin du délai. J’ai pu saisir un avocat à temps et au final mon employeur a été reconnu fautif, j’ai touché une majoration de rente + 28 000€ de préjudices complémentaires. Faut vraiment se renseigner vite
— Isabelle, 45 ans, maman d'un enfant blesséMon fils a eu un accident de vélo à 12 ans, renversé par une voiture. On avait été indemnisé à l’amiable mais j’avais gardé tous les papiers comme on m’avait conseillé. A 22 ans il a commencé à avoir des problèmes au genou liés à l’accident, on a fait une demande d’aggravation et il a été ré-indemnisé. Si j’avais pas gardé le dossier je sais pas comment on aurait fait franchement
— Thierry, 38 ans, victime d'agressionMoi j’ai été agressé en 2020 et j’ai mis longtemps avant de porter plainte parce que psychologiquement c’était trop dur.. j’ai cru que c’était trop tard mais en fait non, le délai pénal c’est 6 ans et pour le civil c’est 10 ans après la consolidation. J’ai trouvé ces infos sur le site et ça m’a motivé à aller voir un avocat. Les démarches sont en cours la mais au moins j’ai pas perdu mes droits



